Cette étude a
été réalisée en 1996 par Sébastien Dubé,
Michel Coïmbra et moi-même, dans le cadre des cours d'expression
écrite et orale de l'IUT GEII de Nantes. La totalité des
illustrations complétant le dossier final ne sont pas présentes
sur cette page Web pour faciliter le temps de chargement de celle-ci. Un
exposé a cloturé cette étude.

Fantastique : 1. adjectif (du grec phantastikos, qui concerne l'imagination). Créé par l'imagination; chimérique. Vision fantastique. 2. nom masculin. Forme artistique et littéraire qui reprend, en, les laïcisant, les éléments traditionnels du merveilleux et qui met en évidence l'irruption de l'irrationnel dans la vie individuelle ou collective....nous sommes souvent déçus car là encore cette définition est différente et correspond très peu à l'idée que nous nous faisions du fantastique. Nous observons également ce phénomène chez les auteurs de ce thème: certaines idées se rejoignent mais il est tout de même remarquable de constater que l'approche du sujet n'est pas la même d'un auteur à un autre.
Ainsi, nous pensons que le fantastique ne peut être vraiment défini, tant les interprétations de celui-ci semblent vastes et différentes. C'est pour cela que tout au cours de cette réflexion nous ne tenterons pas de donner une définition précise et concrète du fantastique. Nous essayerons plutôt de commencer par expliquer et constater qu'il existe plusieurs "groupements" d'idées sur le sujet et finir par aboutir sur des questions qui semblent essentielles dans cette recherche comme:
Que représente pour moi le fantastique?Il sera également intéressant de pouvoir étudier les différentes techniques et thèmes du fantastique. Notre sujet étant assez vaste, nous nous sommes volontairement restreints à quelques aspects de celui-ci. Nous parlerons essentiellement du fantastique moderne (à partir du XIXème siècle), nous n'oublierons pas cependant de citer quelques références historiques. Bien que nous y ferons sûrement allusion nous ne développerons pas non plus les thèmes que sont la science-fiction et la religion.
Pourquoi celui-ci m'intéresse-t-il?
Tzevtan Todorov a, quant
à lui, orienté sa définition sur "l'hésitation
éprouvée par un être qui ne connaît que les lois
naturelles, face à un événement en apparence surnaturel".
Et là, nous touchons un des principaux problèmes qui gravite
autour du fantastique et qui apparaît dans cette phrase sous le mot
"apparence". Les théoriciens dont la rigueur ne peut les résoudre
à employer les termes de surnaturel, déraisonnable ou irréel
pour définir le fantastique, nuancent excessivement leurs propos.
De même la définition d'Irène Bessière qui voit
dans le fantastique "une expérience imaginaire des limites de la
raison" possède ce flou; pourquoi ne pas dire plus simplement que
le fantastique est au-delà des limites de la raison ou, plus prosaïquement,
déraisonnable. Le fantastique gêne et met mal à l'aise,
c'est comme si l'on demandait à un mathématicien de nous
démontrer l'existence du hasard à l'aide d'équations
et de calculs. Mais loin de nous l'idée de critiquer ces spécialistes
sans nous expliquer. En effet, nous constatons que la plupart des définitions
que nous avons trouvées s'éloignent du sens étymologique
du mot fantastique qui définit celui-ci comme purement chimérique,
et nous tenterons plus tard de l'expliquer.
Le meilleur exemple est cette définition de Jacques Finné
qui a écrit que les contenus des récits fantastiques sont
des "mystères logiques qui se dissolvent par une explication" qui
"ramène à notre système de connaissances une somme
de phénomènes apparemment illogiques"; l'expression "mystères
logiques" va à l'encontre du sens étymologique du fantastique
et nous pouvons nous demander si cette définition ne conviendrait
pas mieux à des énigmes policières. La plupart des
théoriciens essaient d'en formuler une définition rationnelle
ce qui de prime abord peut paraître contradictoire étant donné
la nature même du thème. Les différents exemples que
nous avons traités précédemment nous démontrent
que la notion de fantastique est très difficile à cerner.
Toutes les définitions que nous avons citées, sans être
radicalement fausses, sont partielles et manquent cruellement d'explication
au niveau du sens des termes employés. Sans pour autant dire que
le fantastique est n'importe quoi, c'est du moins tout ce qui n'est pas.
Nous sous entendons ici le fait que ce qui est est réel et ce qui
n'est pas est irréel. Après cette palette de définitions
nous notons un écart conséquent entre le sens premier du
fantastique c'est-à-dire chimérique, et ces dernières
pourtant établies par d'éminents spécialistes. Mais
d'où vient cet écart?
Nous allons aborder à présent un autre problème tout aussi inextricable qui est en réalité lié à la définition du fantastique. Nous avons déjà eu une esquisse de celui ci grâce à la citation de Jacques Finné et nous en avions conclu que sa définition s'apparentait plus à celle de la fiction policière. Les intrigues et les énigmes policières sont-elles fantastiques à l'origine ou est-ce leur dénouement qui l'est? Plus globalement qu'elles sont les limites du fantastique? Quand nous parlons de fantastique il faut entendre l'art fantastique dans sa quasi totalité soit la littérature, la poésie, la cinématographie, la peinture et la sculpture et des arts plus récents tels que la bande dessinée. Mais nous ne considérerons pas la musique comme fantastique qui est un domaine trop spécifique et qui n'est pas régi par les mêmes lois. En effet, seules les musiques apparentées à des films fantastiques peuvent être considérées comme telles et celles-ci recréent l'atmosphère du film qui n'est pas forcément angoissante. Nous pensons aux musiques de Vangelis pour Blade Runner ou de Mike Oldfield pour L'Exorciste, mais également à des chansons telles que A kind of Magic de Queen pour le film Highlander ou celle d'Annie Lennox pour Dracula de Coppola. Pour en revenir à notre question, il peut paraître futile de placer des barrières à l'irréel, mais il est également gênant de ranger dans une unique notion de fantastique L'Apocalypse selon Saint Jean, Alice au Pays des Merveilles revu par Walt Disney et La Vénus D'Ille de Prosper Mérimée.
Dans les ouvrages se rapportant au sujet, nous nous sommes heurtés à des difficultés semblables à celles que nous avions rencontrées lors de nos recherches sur la définition. "En fait, le fantastique recoupe et recouvre tous les domaines dans lesquels la raison n'a plus cours: folie, rêve, divagation, cauchemar, états suspendus de la pensée, coma, sortilèges, somnolence, accoutumance à des drogues, etc..." d'après le Dictionnaire du Fantastique. Sur ce point il n'y a rien à redire puisque cette définition répond bien à ce que nous cherchons et elle a le mérite d'être très globale. Peut-être trop puisqu'il est précisé que le "fantastique est duel, positif et enchanteur avec le merveilleux, négatif et terrifiant avec l'épouvante et l'horreur". Les auteurs de cet ouvrage ont donc bien séparé le merveilleux de l'épouvante, en clair le bien du mal. Ce principe de classement à le mérite d'être simple et fonctionne relativement bien pour la production cinématographique, mais devient plus ambigu pour la littérature prenez pour exemple le Golem de Gustav Meyrink et devient nettement plus problématique en ce qui concerne la peinture. La Persistance de la Mémoire, tableau de Salvador Dali n'est ni merveilleux ni créateur d'un quelconque sentiment d'épouvante ou d'horreur et pourtant il est absolument irréel.

Après avoir expliqué pourquoi il n'incluait pas la théologie dans le fantastique, le théoricien Roger Caillois a écrit dans l'Encyclopaedia Universalis qu'il "n'en reste pas moins un vaste domaine qui comprend deux grands genres traditionnels: les contes de fées et les histoires de fantômes, auxquels est venue s'ajouter récemment une troisième espèce, communément appelée science-fiction ". Une telle limitation du domaine du fantastique ne peut être acceptable puisque si "les contes de fées" évoquent bien le merveilleux, "les histoires de fantômes" sont loin de représenter l'épouvante dans sa globalité. Dans l'Ecran Fantastique d'avril 1982, Jean-Claude Romer a énoncé des critères d'analyse créant ainsi six catégories agrémentées d'exemples qui permettent de délimiter le fantastique uniquement au cinéma. Ces six catégories sont le fantastique, la science-fiction, l'anticipation, l'insolite, le merveilleux et l'épouvante. Vous remarquerez qu'une des sous partie s'appelle fantastique ce qui semble pour le moins étrange et qui suggère que les autres catégories ne le soient pas, de plus aucune place n'est réservée à l'heroic fantasy (que nous définirons plus tard).
Dans Les Maîtres du Fantastique en littérature l'univers du fantastique est beaucoup plus limité "si le récit fantastique et le conte merveilleux traitent des thèmes identiques, ils s'opposent dans leurs effets sur le lecteur: le merveilleux cherche plus à rassurer qu'à inquiéter ". De plus, la science-fiction et l'heroic fantasy bien que fantastiques sont traités indépendamment ainsi que le système de relation entre le fantastique et le roman policier. Ce principe de classification et d'étude semble le plus approprié pour la littérature fantastique dite moderne, soit du début du XIXème siècle à nos jours. C'est pourquoi nous l'adopterons et donc laisserons le merveilleux et le policier de côté; nous aborderons les thèmes de la science fiction et de l'heroic fantasy sans les étudier spécifiquement. Cette approche du fantastique permet d'approcher de plus près les limites du raisonnable et de traiter indépendamment la fiction pure. Ce principe est le plus approprié pour tous les domaines, excepté la peinture où chaque oeuvre de chaque artiste doit être traitée, de manière indépendante. Le spécialiste du fantastique Roger Caillois a, quant à lui, trouvé un mode de classification pour la peinture et la sculpture, mais celui-ci ne se base que sur la psychologie de l'auteur et la compréhension du récepteur nous ne pouvons donc l'accepter car il est trop abstrait et incertain pour ce que nous cherchons à obtenir.
Ce même auteur a également écrit que "la littérature fantastique se situe d'emblée sur le plan de fiction pure.(...)Il est probablement nécessaire que les écrivains qui mettent en scène les spectres ne croient pas aux larves qu'ils inventent" et çà nous ne pouvons pas le tolérer car c'est restreindre l'art fantastique à la fiction et il perd ainsi une partie de son sens. Même s'il est indéniable que le merveilleux, l'heroic fantasy ou la science-fiction soient de la pure fiction, ce raisonnement est trop manichéen, la séparation entre le réel et l'irréel est trop visible. Et là nous comprenons pourquoi la définition étymologique du fantastique ne correspondait pas à celles énoncées par les spécialistes. Le fantastique représente bien tout ce qui est irréel et déraisonnable, mais il est dénué de sens ou du moins ne possède qu'un sens partiel s'il n'est pas confronté au réel. Lorsque Irène Bessière parlait des "limites de la raison" elle nous expliquait implicitement que le fantastique bien que complètement déraisonnable prend toute sa force aux limites de la raison. L'art fantastique dans le domaine que nous lui avons défini précédemment car ce n'est pas vrai pour la fiction pure où la limite entre l'irréel et le réel est clairement établie, puise toute sa force de la rupture entre le réel et l'irréel. Il ne peut se réduire à cette opposition, il lui faut une troisième dimension pour faire naître toute son ambiguïté et donc tout son intérêt. Cette troisième dimension nous l'appellerons le doute, cette terrible sensation de ne plus savoir de quel côté on est. Le meilleur exemple pour illustrer ces propos est Candyman, le roman de Vincent King ou le film qui en est inspiré. Ce récit fantastique évoque les méfaits d'un tueur légendaire qui apparaît lorsque l'on prononce cinq fois son nom devant un miroir. Après avoir lu ce roman ou vu ce film, lorsque vous vous retrouverez seul devant un miroir, que vous tentiez l'expérience ou non cela n'a que peu d'importance, l'essentiel c'est que vous y penserez et pendant un instant germera dans votre esprit le doute: Et si c'était vrai?... C'est sous cet angle que nous allons aborder le fantastique.
L'artiste est un être aux sentiments exacerbés, et à cause de cette sensibilité excessive il est plus enclin à subir les influences de l'univers fantastique. Il est le seul à contrôler les limites qu'il veut imposer à son imagination. Il arrive à retranscrire tout son malaise au travers de cet univers qui n'est régi par aucune loi, ne possède aucune limite et où la liberté est absolue. C'est pour cela que l'art fantastique est uniquement populaire, car il est le miroir de l'âme humaine. Bien sûr le récit fantastique est une arme imparable pour dissimuler une satire sociale, mais souvent extrêmement violente. Thomas Mann a vu son roman Docteur Faustus brûlé par l'armée du troisième Reich car il existait un parallèle trop évident entre le héros de ce roman et l'Allemagne nazie. Son héros avait fait un pacte avec le diable et acquit ainsi un génie musical mais devait supporter une irrémédiable solitude, et pour Thomas Mann, l'Allemagne avait elle aussi fait un pacte avec le diable. Même si dans les romans de science-fiction la critique sociale en est parfois la finalité comme dans les romans suivants Le Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley, 1984 de Georges Orwell ou la Machine à remonter le temps d'H.R. Wells et des films Soleil vert de Richard Fleischer et la Planète des Singes de Franklin J. Schaffner où la société est vivement critiquée, le récit fantastique n'exprime souvent qu'une crainte ou une peur éprouvée par un auteur envers une société.
Le fait d'affubler l'artiste
s'exprimant à travers l'art fantastique de l'étiquette d'anarchiste
est tout simplement erroné puisque celui-ci ne s'attaque pas directement
à la société, il libère ces craintes envers
celle-ci. Nous pouvons donc retrouver au travers d'une oeuvre fantastique
toutes les peurs, les malaises et les angoisses de la conscience humaine.
La popularité de cet art vient du fait que l'artiste arrive à
exprimer ce que les gens ressentent mais cachent au fond d'eux même
par honte ou par peur. Les meilleurs exemples de ces refoulements que les
artistes arrivent si bien à exprimer sont la crainte de la mort
avec The Raven d'Edgar Allan Poe, la peur
de vieillir avec The Picture of Dorian Gray d'Oscar
Wilde, l'appréhension du pouvoir et de l'injustice dans SOS
Bonheur, une bande dessinée de Griffo et Van Hamme, les fantasmes
sadomasochistes avec les peintures de H.R. Giger ou encore un exemple bien
plus simple qui est la peur du Croque-mitaine de notre enfance que Stephen
King a su si bien réactualiser. D'ailleurs lorsque celui-ci,
en nous expliquant le contenu de ses romans, nous démontre qu'il
a parfaitement saisi les ang
oisses
de la conscience humaine; il s'adresse au lecteur en ces termes "vous allez
rencontrer toutes sortes de créatures des ténèbres:
des vampires, des succubes, une chose qui vit dans les placards, d'innombrables
autres terreurs. Aucune d'elle n'est réelle. La chose qui, sous
mon lit, guette ma cheville, ne l'est pas davantage. Je le sais, mais je
sais aussi que je prends bien garde à laisser mon pied sous les
couvertures, elle ne pourra jamais m'attraper".
Ces artistes arrivent à toucher les gens, pourtant leur art est si déraisonnable qu'ils sont relayés au rang de marginaux par leurs confrères qui ne comprennent pas cet art. Ce phénomène d'exclusion entraîne un rassemblement et un état de connivence entre les différents artistes composants le mouvement fantastique. Cette entraide a brisé les barrières de la langue et du temps. Si nous comparons les nouvelles fantastiques (1835-1845) du romancier américain Edgar Allan Poe et le film Alien, le huitième passager (1979) du réalisateur américain Ridley Scott il n'y a apparemment aucun lien qui les unissent. Mais lorsque ce réalisateur recherchait en 1978 une créature singulière et effrayante, il alla demander l'aide d'un Suisse Allemand nommé H.R. Giger. Ce peintre et sculpteur était alors connu pour le mouvement novateur qu'il venait de créer, la biomécanique. Il fit alors naître de son esprit torturé le monstre alien ainsi que les décors du film qui lui valurent un oscar. Monsieur Giger étant né en 1940 il fut fasciné durant sa jeunesse par l'oeuvre d'H.P. Lovecraft, romancier américain, ce qui le conduit à intituler son premier recueil de peintures: le Necronomicon. Ce nom Lovecraft l'avait donné à un livre de magie noire. De plus H.P. Lovecraft vouait une admiration sans bornes aux récits fantastiques d'E.A. Poe. Il est également intéressant de constater que H.R. Giger comptait parmi ses fans Salvador Dali, le célèbre peintre espagnol. Ceci n'est qu'un exemple mais il est presque toujours vérifié. En voici un plus singulier, E.A. Poe est plus connu en France que dans son pays d'origine car son oeuvre a été traduite par Charles Baudelaire. Or celui-ci ne savait que très peu l'anglais et pourtant il n'a jamais fait d'erreur de traduction qui aurait changé le sens du texte; il se laissait alors porter par celui-ci. Ainsi il a traduit you must par vous pouvez et I can par j'ose au lieu de vous devez et je peux, qui aurait été une traduction plus rigoureuse.

Par contre, ce phénomène
prend pour certains auteurs des proportions gigantesques. Comme nous avons
pu le voir dans sa biographie succincte, cet auteur solitaire a maintenu
une correspondance importante avec le monde extérieur. Si beaucoup
le considéraient comme un fou, un cercle d'assidus s'est rapidement
formé autour de lui, perpétuant après sa mort la pérennité
du mythe. Même si l'oeuvre initiale de lovecraft fut dénaturée
en certains points, elle fut une source d'inspiration pour de nombreux
auteurs tels que August Derleth, R.E. Howard,
Robert Bloch... Dans un tout autre domaine que l'épouvante, le même
phénomène se produit autour du maître de l'heroic fantasy
J.R.R. Tolkien, considéré
comme le Balzac fantastique, auteur du Seigneur des Anneaux et de
Bilbo le Hobbit. De nombreux auteurs ont écrit des ouvrages
reprenant le monde qu'il avait créé c'est-à-dire les
Terres du Milieu. D'ailleurs lorsque nous lisons un roman fantastique,
voyons un tableau ou un film qui s'y rapporte, nous avons l'impression
de faire partie de ce cercle et d'entrer ainsi dans un jardin secret et
interdit. Nous en concluons que même si l'auteur limite son oeuvre
et donc son imagination, il est l'épicentre d'un cercle qui ne cessera
de s'accroître jusqu'à l'infini. Il serait intéressant
d'observer maintenant les procédés d'écriture et de
mise en scène qui différencient l'oeuvre fantastique d'une
autre, et nous allons également développer les thèmes
du fantastique. Mais vous devrez toujours garder à l'esprit que,
en nous éloignant des théories déjà établies
sur l'art fantastique, les idées que nous avons et que nous allons
développer sont très personnelles.
Du point de vue littéraire, l'utilisation d'un champ lexical bien approprié permet de faire planer le mystère sur un texte. L'écrivain n'écrira pas une toile d'araignée mais une fibre arachnéenne, de même il remplacera mystérieux par cabalistique ou mystique et s'efforcera d'employer des termes peu communs tels qu'une architecture cyclopéenne pour désigner un édifice qu'il veut étrange. Certains auteurs versifient des passages clés de leurs récits afin de rendre encore plus énigmatiques et mystiques leurs oeuvres. En effet, des écrivains tels qu'Edgar Allan Poe ou H.P. Lovecraft utilisent ce procédé dans leurs récits. De plus, ils peuvent utiliser des faits ou des phénomènes qui parurent inexplicables à leur époque. Lovecraft s'inspira des écrits de Charles Fort (qui informa des situations paranormales de son époque). Stephen King, le maître de l'épouvante populaire utilise, quant à lui, un procédé qui semble plus pervers. Dans presque tout le premier tiers de ses oeuvres, il décrit de manière psychologique les acteurs de son récit. Instinctivement nous nous attachons à certains autant que d'autres nous excèdent et nous révulsent. De toutes manières lorsque quelque chose leur arrive cela nous touche toujours. Toute l'atmosphère que crée l'auteur autour de son roman sert, en fait, à mieux impliquer le lecteur dans son univers, ce qui crée un état de connivence entre le lecteur et l'auteur fantastique. En littérature, les procédés qu'utilise l'auteur pour attirer le lecteur dans sa toile sont beaucoup plus subtils et subjectifs que pour le cinéma.
Pour générer
l'angoisse ou l'horreur dans l'art cinématographique toutes les
techniques sont bonnes. La plus simple consiste à créer un
ou des personnages fantastiques à grand renfort de maquillage et
d'effet spéciaux. Que le film soit une grosse production et abordé
d'un point de vue très romantique comme Frankenstein de Kenneth
Branagh ou une série B à l'humour noir et grinçant
tel que les innombrables aventures de Freddy Krueger, ces effets
sont omniprésents. Viennent ensuite des procédés plus
techniques qui sont tous les effets de cadrage et de travelling. Les personnages
diaboliques sont généralement vus en contre-plongée
(par dessous) ce qui leur donne un aspect titanesque alors que le personnage
qui lui est opposé sera lui cadré en plongée (par
dessus) pour l'écraser et montrer qu'il est dominé. L'effet
le plus terrifiant demeure, quant à lui, la poursuite où
la caméra est placé de telle sorte que l'on voit à
la place du monstre ou du personnage fantastique et qui met en place tout
le suspense du film. La fuite dans les couloirs de la prison dans Alien3
de David Fincher reste une des meilleurs illustrations de ce procédé
puisqu'elle est agrémentée d'effets de rotation qui désorientent
encore plus le spectateur et intensifient les sentiments de peur et de
panique. Les jeux de lumière sont également très utilisés
et pourtant durs à maîtriser puisque les réalisateurs
recherches souvent des ambiances sombres. Etant donné que toute
l'intrigue se déroule la nuit, The Crow d'Alex Proyas
illustre une réussite dans ce domaine. En effet toute une palette
d'éclairage est utilisée: la lumière tamisée
de la lune, le feu et les éclairs et même des effets stroboscopiques
pour mettre en images les flash-back qui hantent l'esprit du héros.
Nous terminerons notre description des procédés cinématographiques
par la présence de l'ambiance musical qui participe pleinement à
l'effet fantastique. Steven Spielberg a été l'un des premier
à le mettre bien en évidence dans Les Dents de la Mer
où chaque attaque du requin est ponctuée par la même
musique stressante. Nous remarquerons que chacune de ces attaques étaient
filmées à travers les yeux du requin tueur.
Il est très difficile de faire une synthèse de tous les procédés techniques qui génèrent une atmosphère fantastique autour d'une peinture. Salvador Dali utilisait une technique des plus classique où seul le sujet était fantastique. Par contre Arcimboldo partait de sujets réels, le plus souvent des portraits, et les composaient uniquement d'éléments ayant rapport avec ces personnages. L'ambiance fantastique étant donc basée sur la technique de représentation et non plus sur le sujet, nous pensons en particulier à L'Amiral constitué uniquement de poissons. La bande dessinée est un art relativement récent, c'est pourquoi les techniques utilisées pour créer une ambiance fantastique dérivent souvent des procédés employés en littérature pour les textes, en cinématographie pour la mise en page et de la peinture pour les dessin. Bilal illustre les scénarios de Christin de peintures froides qui accentuent le malaise déjà présent les textes (cf. La Ville qui n'existait pas, la Femme Piège). Cependant, des auteurs commencent à s'intéresser au phénomène et a jouer sur la structure même de la bande dessinée. En 1976 paraît Arzach de Moebius, qui fait à l'époque grand bruit par l'absence de texte. L'auteur s'expliquera ainsi: "Je me suis aperçu que cette absence crée un mystère qui se dégage des dessins. C'était une façon de jouer avec le public (...)". L'idée principale est lâchée, il faut tisser des liens avec le lecteur d'une manière spécifique à cet art. C'est ainsi que dans la Tour, Schuiten et Peeters jouent sur l'alternance du dessin noir et blanc et de la couleur pour donner l'impression que les personnages sortent du papier et deviennent réels. Mais l'auteur qui pousse le procédé le plus loin est, sans équivalent, Marc-Antoine Mathieu. Dans son dernier album, Le Début de la Fin, le lecteur est complètement manipulé puisque la bande dessinée peut se lire dans les deux sens. De même dans l'Origine, l'histoire est orientée en fonction d'un trou dans une des pages. Il existe donc bien des techniques d'écriture, de structure et de mise en scène qui participent et qui créent une atmosphère fantastique.

Comme nous le disions précédemment la notion de fantastique est propre à chaque individu. Chaque personne possède son idée sur le sujet et n'est fantastique que ce qui apparaît comme fantastique à cette personne. Les principaux thèmes qui illustrent l'idée que l'on a sur le sujet seront par conséquent le principal centre d'intérêt de cette partie. Nous mentionnerons également l'origine de ces thèmes sans aller jusqu'à traiter le fondement et le grand pourquoi du fantastique (objet d'une autre partie). Dans la définition de chaque individu sur le fantastique, nous retrouvons souvent trois grands concepts qui sont: le temps, la folie et le doute. Nous remarquons de plus que tous ces thèmes se rejoignent, il y a un lien entre chacun d'eux (ceci justifie de nouveau le phénomène de "cercle" cité précédemment).
Lorsque nous parlons de temps nous pensons bien sûr : passé, futur et présent. Dans l'univers fantastique nous ne pouvons accepter cette idée. Le présent est presque à exclure puisqu'il représente l'habitude, le conventionnel donc tout ce qui semble s'opposer aux fondements du fantastique. En effet, celui-ci se défini avant tout comme produit de l'imagination, or l'imagination est une faculté de l'individu à sortir du présent à créer et concevoir des situations différentes de l'ordinaire, de l'actualité. La projection dans le passé ou dans le futur est en revanche coutumière dans le fantastique puisque, comme nous l'avons dit, celui-ci permet l'évasion vers un monde, une époque, un temps différent de celui vécu tous les jours.
Nombreux sont les thèmes basés sur le passé ou le futur, nous pensons tout particulièrement au Médiéval Fantastique ou bien à la l'anticipation. L'Heroic Fantasy ou encore Médiéval Fantastique est un thème du fantastique apparu tout récemment (1954, J.R.R Tolkien). Nous y retrouvons, comme l'étymologie du mot l'indique, l'époque moyenâgeuse avec bien sûr ses chevaliers, ses épées et ses châteaux, mélangée au fantastique présent ici sous forme de magie ou plutôt devrions-nous dire de sorcellerie, d'animaux fabuleux tels que le dragon ou la licorne et d'êtres issus de mythes ou légendes: vampires, loups-garous, gobelins, elfes ou trolls...L'Heroic Fantasy se présente ainsi comme un composé de nombreux éléments différents. Si ce sujet intéresse de plus en plus, c'est sans doute parce qu'il permet simultanément l'évasion vers un monde très diversifié et un retour à une époque fascinante, loin du monde actuel. La récente existence de ce thème témoigne du fait que l'homme d'aujourd'hui a besoin de se replonger dans une époque lointaine tant celle où il vit semble décevante. Pour illustrer et mieux comprendre ce qu'est le Médiéval Fantastique nous nous devons de citer un ou deux exemples de ce sujet que nous nous sommes proposés de traiter. Nous ne pouvons nous empêcher de nommer celui qui a lancé le mouvement c'est à dire J.R.R. Tolkien qui en 1954 commença à raconter les aventures et les déboires d'êtres rencontrés dans des mythes et légendes (Le Seigneur des Anneaux, Bilbo le Hobbit). Nous pouvons également évoquer des oeuvre restées désormais comme références cinématographiques et littéraires: Conan le Barbare de respectivement J.Milius et R.E Howard narrant l'histoire d'un barbare évoluant dans un monde médiéval peuplé de monstres et envahi par la magie, Willow le film de Ron Howard, ou encore La Quête de l'Oiseau du Temps, bande dessinée de Loisel, qui est à l'origine de l'incroyable essor de l'Heroic Fantasy sur ce support.

L'anticipation propose par
définition une action se déroulant dans le futur. Nous pouvons
noter que la vision de ce futur est souvent pessimiste voire apocalyptique.
Nous retrouvons aussi des éléments du présent dans
cet univers. En effet, dans l'anticipation est compris tout ce qui semble
fantastique dans l'immédiat et qui pourrait paraître commun
et conventionnel dans une époque postérieure. Ainsi, lorsque
l'homme se met à imaginer une ère ultérieure à
la sienne, il pense aux éléments les plus évolués
et sophistiqués du présent et les projette dans l'avenir
sous une forme des plus négatives. L'exemple de la science-fiction
illustre bien cette idée. Comme son nom l'indique, celle-ci se prête
à être l'imagination sur la science, donc l'imagination sur
toutes les recherches scientifiques. En effet, ce mouvement ayant de plus
une existence assez récente, nous y retrouvons tous les progrès
et les découvertes avancées de ces dernières années:
conquête spatiale, manipulations génétiques. Nous pouvons
citer l'exemple de la réalité virtuelle, procédé
technique inventé il y a quelques années qui consiste à
plonger une personne dans un univers imaginaire apparenté au monde
réel avec des systèmes électroniques et automatisés.
Le
Cobaye film de Brett Leonard se propose d'utiliser comme support de
scénario cette réalité virtuelle. De même, une
exploitation excessive du pétrole, pousse Georges Miller à
décrire un avenir apocalyptique quand celui-ci aura presque disparu,
dans son film Mad Max 2. Nous constatons rapidement qu'il n'y a
que le côté négatif de la technique qui a été
exploité: destruction neurale, folie, etc... Ainsi la science-fiction
démontre bien que lorsque l'homme essaye de percevoir l'avenir il
l'envisage d'une manière
fantastique peu positive. Le film de Ridley Scott Alien, le huitième
passager justifie cette vision en raison de son atmosphère froide
et oppressante. En revanche, Starwars de Georges Lucas ou Dune
de Franck Herbert s'apparentent plus à une épopée
fantastique qu'à une image terne de l'avenir. Lorsque nous nous
replongeons dans le passé et que nous y découvrons les idées
qu'avaient les auteurs de fantastique sur notre époque, nous remarquons
que la plupart sont erronées, nous pensons notamment à Georges
Orwell qui en 1949 dans son oeuvre 1984 considère 1984 comme
année de fin de l'être humain en tant qu'individu: chaque
personne n'a plus aucune liberté de raisonner, toutes les pensées,
actes de chacun sont contrôlés par un régime totalitaire.
Toutefois, certains écrivains comme Jules Vernes, où l'anticipation
scientifique tenait une grande place dans leurs oeuvres avançaient
des concepts non dénués d'intérêt puisque, nous
le constatons aujourd'hui, certains d'eux n'étaient pas totalement
faux: conquête spatiale, des océans (Vingt-mille lieux
sous les Mers)... de même, Hergé avait décrit le
premier pas sur la lune dès 1953 dans Objectif Lune, fait
qui fut confirmé seize ans plus tard par Neil Armstrong. Une question
se pose donc obligatoirement: devons-nous prendre en compte ou non les
idées qu'ont les auteurs de notre temps sur l'avenir?
La folie est un thème qui revient souvent dans le fantastique. Celle-ci se définit avant tout comme une démence, une aliénation d'esprit. Le fantastique étant produit de l'imagination, nous pouvons nous demander si celui-ci n'est pas lui-même folie puisqu'il satisfait tous ces éléments. Lorsque nous abordons la notion de folie dans le fantastique nous pensons surtout à la littérature noire. Nous regroupons sous ce terme générique toute la littérature d'épouvante et d'horreur. Cette dernière est avant tout aberration, divagation, bizarrerie, c'est à dire tout ce que définit cette folie. Dans les romans de H.P.Lovecraft nous retrouvons cet univers. La plus célèbre création de Lovecraft est le Mythe de Cthulhu qui est exposé tout au long d'une série de nouvelles ayant en commun des ouvrages occultes légendaires tel le Necronomicon et certaines entités diaboliques. Dans presque tous les écrits de cet auteurs, la mort est souvent précédée de la folie. Nous rencontrons cette idée dans ses oeuvres mais aussi dans sa correspondance (phénomène de cercle cité précédemment) où ceux qui font partie du "cercle" utilisent les concepts de l'écrivain. Il est surprenant de remarquer que ceux-ci sont eux mêmes atteints par la déraison.
Ainsi tout ceci nous amène
donc sur un autre sujet: le doute. En effet, tout ce que racontent les
auteurs est-il faux? ou bien y a-t-il vraiment folie? Lorsque nous sommes
en présence d'une oeuvre fantastique nous pouvons constater que
le regard porté sur celle-ci fini toujours par rester dans le doute.
En effet, nous plongeons ainsi dans un état d'esprit gouverné
par l'incertitude, après avoir pris connaissance de cette oeuvre,
notre conscience ne sait plus différencier le réel de l'irréel.
Prenons comme exemple le Horla de Maupassant
qui raconte l'histoire d'un docteur dont le patient est sujet à
un phénomène étrange: la présence chez lui
d'une créature invisible se nourrissant du sang de ses victimes.
Aux premières lignes de la nouvelle on découvre que ce docteur
reste sceptique sur le problème. En effet, il ne sait pas si ce
dernier est fou ou bien s'il dit la vérité. A la fin de l'ouvrage
nous sommes toujours dans le doute: la folie du patient semble évidente
mais les faits sont tellement troublants que nous ne pouvons que rester
perplexe. Nous pouvons également rester dans le doute d'une autre
façon, Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar
Wilde illustre tout à fait cette idée. Un individu se
voit offrir un portrait de lui-même, au cours des années celui-ci
remarque que c'est l'aspect du portrait qui vieilli et non le sien. Après
une certaine période, le protagoniste étant excédé
de voir l'image vieillir décide de détruire le portrait à
coups de couteaux. Les conséquences de cet acte sont indéfinies,
on sait juste que l'on entend un cri au loin... Ainsi le doute est presque
toujours présent dans le fantastique, et c'est même l'un de
ses aspects les plus intéressants. Ce doute amène souvent
la peur, sentiment qui, comme nous le verrons plus tard, semble tenir un
rôle essentiel dans l'origine du fantastique. Donc après avoir
traité ces quelques thèmes, nous nous retrouvons dans l'obligation
de définir "le pourquoi" de ceux-ci ou plus particulièrement
celui du fantastique.
Le Fantastique est un style qui plaît.
En effet, depuis le début
du XIXème siècle ce thème est de plus en plus populaire,
et pourtant dénigré par les gens de lettres de part son aspect
déraisonnable. Ceci est indéniable; mais alors pourquoi nous
intéresse-t-il tant? En effet, les thèmes abordés
par le Fantastique sont étranges, voire morbides. Nous allons illustrer
ceci par un exemple. Dans le Horla de Guy
de Maupassant, le personnage est aux prises avec lui-même. Deux
approches sont offertes alors au lecteur: Peut-être le personnage
devient-il fou ou bien subit-il la persécution d'un fantôme
ou d'un homme invisible. Or, la lecture engage le lecteur à s'identifier
au personnage, mais que peut-on envier à un homme qui perd la raison?
Ainsi, le fantastique se présente comme un masochisme intellectuel,
de part son aspect pervers. Nous pouvons remarquer, de plus, que tout au
long des siècles, l'homme a besoin d'irréel et d'inconnu.
Au Moyen-Age, les gens contaient des histoires de loups-garous: ces créatures
mi-homme mi-bête. Quant à aujourd'hui, nous entendons parler
d'O.V.N.I.
et
d'extra-terrestres. Certes, la science tend à expliquer des phénomènes
étranges, mais si l'homme est assoiffé de connaissance, que
se passerait-il si ce dernier, ayant un savoir universel, pouvait expliquer
tous les phénomènes? Il lui faut toujours matière
pour assouvir sa soif. Peut-être est-ce là un des facteurs
qui pousse les gens à avoir besoin de fantastique?
Donc, nous pourrions expliquer ce phénomène par la curiosité humaine, qui de surcroît nous pousse à lire du fantastique. Le meilleur exemple est celui de l'enfant au bord d'un ravin qui se penche pour en voir le fond, une irrésistible attirance pour le vide lui masque le danger, sa curiosité prend le pas, alors sur la raison. L'homme avide de sensations se laisse mener par sa curiosité et suit ainsi la voie de son inconscient. En effet, lorsque vous regardez un film fantastique, ne vous demandez-vous pas: "Qu'éprouverais-je si j'étais confronté à cette situation?" Cette question peut alors en susciter d'autres: "Quel est mon rôle dans cette vie, quelle est sa finalité? Quelles sont les limites de la connaissance?" Paradoxalement, cette curiosité peut expliquer l'énorme progression de la science. En effet, si l'homme n'était point curieux, pourquoi chercherait-il à expliquer tous les phénomènes sur Terre... La curiosité est essence même de la personnalité de l'homme, celui-ci est en permanence en quête de limites concrètes. C'est pour cela que la science apporte des réponses plus satisfaisantes que celles de la théologie. La lune a toujours fasciné la vision humaine, il y a deux mille ans le grec Pythagore émettait déjà des hypothèses quant à la population lunaire. Maintenant que nous connaissons tout de celle ci les regards se tournent vers d'autres espaces.
Nous pouvons remarquer que le Fantastique est un phénomène qui existe depuis longtemps et même bien avant l'apparition d'Edgar Poe, où nous avons commencé notre étude. Le Fantastique existait dans la vie quotidienne des populations; même les peuples primitifs avaient des notions de Fantastique. Les peuples Incas, par exemple, avaient des croyances que l'on pourrait qualifier de fantastique. Ils recouvraient le visage de leurs morts d'un masque de jade pour accéder à la vie éternelle. En effet, ceux-ci remplaçaient les mystères de la vie que la science n'expliquait pas encore, par des croyances théologiques. De même, les populations de l'Ile de Pâques croyaient en des dieux qui pouvaient être des puissances extra-terrestres. Or, le fantastique traite souvent de puissances extra-terrestres ou de revenants. Même si la théologie n'apparaît pas, de façon évidente, comme fantastique, elle peut sembler à l'origine de ce dernier. Au-delà des religions établies, les croyances païennes et les mythes populaires ont eux aussi permis d'expliquer l'inexplicable, donc de satisfaire la curiosité citée précédemment. Biologiquement parlant, le fantastique n'est pas vital pour l'homme, pourtant nous pouvons le considérer comme un stimulant aux niveaux des centres nerveux. En effet, l'angoisse et la peur qui naissent du fantastique entraînent des poussées d'adrénaline qui excitent les cinq sens de l'individu.
Nous pouvons alors nous demander si le Fantastique est un besoin physiologique ou si le simple fait de l'existence de la science entraîne l'apparition du fantastique. Car un monde sans magie, sans rêves, sans imagination, sans fantasmes, ni même d'horreurs surnaturelles ne serait plus attrayant. Pourquoi vivre dans un monde ou tout est scientifiquement explicable, il n'y aurait alors plus de rêves ni de peurs: Peut-être alors deviendrions-nous des machines ou des masses amorphes dépourvues d'identité? Le fantastique a cette étonnante particularité de transcender la personnalité de chacun. Nul ne peut se cacher devant lui; celui qui lit un récit fantastique ne pourra en aucun cas dissimuler sa peur ou son courage.
Dès à présent, nous pouvons alors nous demander si le Fantastique n'est pas une réalité, le doute que nous avons défini au début de notre étude conforte et justifie cette hypothèse. Il faut donc se projeter dans un univers parallèle, le "no man's land" entre le réel et l'irréel, pour écrire ou réaliser du Fantastique. Mais se projetant dans cet univers, l'auteur ne peut-il pas subir des conséquences irréversibles pour sa santé mentale? En effet, nous pouvons remarquer chez les auteurs Fantastiques qu'il se produit un certain phénomène de réclusion et parfois même de folie comme nous pouvons le constater chez certains artistes comme Maupassant, Lovecraft, Dali, Bela Lugosi, Wilde. Dans le cas de Howard Philips Lovecraft, nous pouvons remarquer qu'il ne sortait que rarement de Providence et ses écrits sont issus de ses cauchemars les plus terrifiants. De même nous pouvons citer un auteur connu par son oeuvre mais très peu par son nom: il s'agit de Giger (créateur du monstre alien); personnage rejeté de la société pour son oeuvre pornographique, et pour son instabilité d'esprit comme nous l'avons vu précédemment. De nombreux auteurs sombrent dans la folie, la paranoïa et même la mort, car les sujets qu'ils traitent nécessitent déjà un certain état d'esprit. Leur style si particulier met à lui seul en évidence leur démence. Mais alors une question peut nous venir à l'esprit, Qui sont les auteurs de Fantastique? Nous avons dit dans la première partie, qu'ils exprimaient ainsi leurs angoisses. Mais cette libération devrait les apaiser au lieu de les torturer jusqu'au bord de la folie. Sont-ils seulement quelques fous souhaitant exprimer leur folie ? Mais, dans ce cas, comment expliquerions nous alors un tel engouement pour quelques livres de fous?

D'autres, par contre, pourraient voir en eux des précurseurs du savoir, leurs écrits restants de véritables témoignages d'une terrible réalité. Ces auteurs souhaiteraient alors faire prendre conscience aux hommes qu'ils ne sont pas seuls à exister, et que l'univers n'est peut-être pas unique ou régi par des lois acquises. Comme le détaille Mickaël Moorcock dans ses oeuvres, expliquant un nouveau concept celui de "multivers" (multitude d'univers parallèles ). Les questions qui nous sont alors posées sont: Pensez-vous que nous soyons seuls? Sommes nous des pions entre les mains d'autres puissances jusqu'alors inconnues? Existe-t-il d'autres univers parallèles au nôtre? Toutes ces questions jusqu'ici sans réponse amènent le lecteur à douter et ainsi à s'interroger. Ces appels ne restent pas sans conséquence. Imaginez alors, qu'il puisse exister des puissances supérieures à l'homme dans un monde pouvant entraîner l'aliénation de l'esprit. Si certains monstres comme Dracula existaient, vous en frémiriez. Si ces êtres hantent vos cauchemars et ensuite votre conscience, alors nous pourrons dire qu'ils sont devenus réels. Nous pensons que si les auteurs les décrivent si précisément c'est que ces créatures ne sont pas sorties de leur imagination mais qu'elles persécutent leur esprit en permanence. Vous finissez alors par devenir paranoïaque et finalement vous sombrez dans la folie.
D'autre part, le Fantastique évoque souvent la sorcellerie, la communication avec les morts ce qui amène certains à étudier et même à pratiquer intensément la parapsychologie. En effet, certains ouvrages de "magie" proviennent directement d'écrits d'auteurs fantastiques comme Le Necronomicon (ed. Paul Belfond). Dans ce livre certaines formules sont directement des citations d'auteurs Fantastiques; la parapsychologie peut être vue en fait comme une ouverture de l'esprit que l'on ne qualifie pas de scientifique mais en reste néanmoins une approche. Le Fantastique peut également arriver à cette vision, certes abstraite, mais qui vaut un raisonnement comme un autre. De plus, le Fantastique provoque une certaine perte de tabous. En effet, la mort est un sujet que la morale réprouve, or, le fantastique aborde la mort sous différents aspects qui peuvent nous sembler surprenants même parfois épouvantables. La mort est alors vue sous différents aspects, parfois douce et chaleureuse, parfois sensible, parfois froide et malsaine, même violente et répugnante voire horrible. Toutes les visions y sont décrites. Voici donc un autre visage du fantastique qui explique son engouement populaire. Les sujets abordés par leurs auteurs changent considérablement des thèmes classiques. Bien sûr ils sont originaux, mais surtout ils sont tabous donc impliquent une notion d'interdit. Et comme nous l'avons déjà vu, l'interdit attire la curiosité de l'homme.
Nous pouvons également ressentir un sentiment d'évasion. La réalité n'est plus celle de la vie de tous les jours; vous vous sentez alors plus libre. Par exemple, dans Conan le Barbare vous pouvez vous évader de votre propre situation, rien ne raccroche au réel. Le lecteur se sent alors libéré, de contraintes, de devoirs, de problèmes. Vous n'avez plus qu'à vous laissez glisser par le cours de l'histoire et des aventures du héros (si héros il y a). De même, le Fantastique peut nous donner envie de voyager, il peut nous faire traverser les étoiles par exemple grâce au célèbre film La Guerre des Etoiles. Vous visitez d'étranges contrées, des planètes lointaines et reculées; de magnifiques créatures apparaissent ainsi que d'autres, écoeurantes et répugnantes.
Nous
avons donc pu remarquer que le Fantastique avait de nombreuses conséquences
sur ses adeptes. Mais, plus qu'un simple fait personnel, le Fantastique
va également créer des phénomènes de groupes.
Certains parlent de mode, mais il s'agit plus, chez ses disciples, d'un
besoin de liberté, d'expressions illimitées, de questions
métaphysiques ou bien même de recherche. Le Fantastique crée
et inspire même certains groupes dits "d'initiés". Ces groupes
peuvent être des Sectes ayant comme doctrine: "la recherche de la
vérité", thème développé très
souvent dans le Fantastique comme nous pouvons le remarquer dans la célèbre
série télévisée Aux Frontières du
Réel. Ces Sectes peuvent aussi s'inspirer de romans fantastiques
en ce qui concerne certains rites sacrificiels voués à des
dieux horribles et difformes. Donc ces groupes refusent les théories
scientifiques souvent complexes et non exhaustives, pour se tourner vers
des entités imaginaires qui dominent le monde. Mais, si le Fantastique
a inspiré de nombreux groupes fanatiques comme celui de David Coresh
aux Etats-Unis, les Davidians, il n'est tout de même pas uniquement
néfaste.
L'homme a parfois besoin de s'évader pour mieux supporter la réalité, il crée ainsi des univers imaginaires où il peut agir à sa guise. Ces univers de détente, s'appellent le jeu de rôle et chacun y prend place dans la peau d'un personnage qu'il a imaginé. Ces groupes veulent s'extraire de la réalité environnante en s'amusant, et s'imaginer ensemble dans un monde tout autre. Le Fantastique engage alors ces "rôlistes" à imaginer une vie différente dans un monde parallèle et fictif. Les jeux de rôles ne sont alors pas néfastes en soi mais ils vous engagent à rêver et à vivre des épopées fantastiques.

Le fantastique est un thème aux limites infinies en raison de sa multitude de définitions et des trop nombreux groupements existants autour d'un ou des auteurs. Pour avoir une définition exhaustive, il en faudrait une spécifique pour chaque auteur et même à chacune de ses oeuvres.
Le fantastique est avant tout une forme artistique et littéraire qui reprend des éléments non traditionnels et les projette dans un univers réel et ainsi perturbent la réalité.
Le fantastique est un style qui plaît. L'origine de cet argument peut être expliqué par la curiosité humaine, le besoin d'évasion et de quitter la réalité, l'envie d'émotions fortes et de mettre à l'épreuve son courage face à la peur.
Nous avons également
remarqué qu'il existe une notion très importante que nous
retrouvons dans presque toutes les idées que nous avons développées:
le doute. En effet, le fantastique est-il réel ou irréel?
L'origine de celui-ci est-elle bien connue?
Giger H.R. : Peintre et sculpteur suisse allemand. Né en 1940 d’un père médecin, il est très vite fasciné par le corps humain et le macabre. Très inspiré par l’oeuvre de Lovecraft et de Gustav Meyrink, il se plaît à dessiner des monstres étranges, des corps torturés, des humanoïdes aux aspects souvent robotiques. De son oeuvre naîtra le style biomécanique, mélange de chair et de métal. Giger peint d’immenses fresques qu’il peaufine à l’aérographe, travaille particulièrement les ombres et les lumières pour toujours inquiéter l’observateur. Sous l’inspiration de Lovecraft, il propose son premier recueil intitulé Necronomicon. Le réalisateur Ridley Scott le remarque alors et l’engage pour crée le monstre de son prochain film, Alien en 1978. C’est ainsi que naîtra la créature la plus terrifiante de ces dernières années, et qui vaudra à Giger un oscar. Il travaillera également sur d’autres films, dont Poltergeist 2 (1982) et sur un projet d’adaptation de Dune (1976) qui n’aboutira pas. Peu de temps après, il fera scandale pour avoir réalisé un ensemble de tableaux pornographiques. Quoiqu’il en soit Giger est actuellement mondialement reconnu pour ses recueils (Necronomicon, Alien, Biomechanics...), mais aussi pour ses sculptures et son travail d’architecte. Giger vit avec son temps en participant à la réalisation de vidéo clips et de jeux vidéo.

King Stephen : Ecrivain et réalisateur américain, né en 1947 (alias Richard Bachman). Abandonné par son père à l’âge de deux ans, il est élevé seul par sa mère et passera toute sa jeunesse à dévorer des livres de science-fiction avant d’entrer à l’université et devenir professeur d’anglais en 1971. Les contes d’Edgar Poe figurent parmi ses livres de chevet et il avoue qu’il doit beaucoup à H.P. Lovecraft et Robert Bloch. C’est la revue Starling Mystery Stories qui aura la primeur de publier sa toute première nouvelle en 1967, mais King est encore loin de susciter l’enthousiasme des éditeurs. Son premier roman, Carrie, est refusé quatre fois de suite avant d’être finalement édité en 1974. Et pourtant celui-ci s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires, traduit de nombreux pays et porté au cinéma en 1976 par Brian de Palma. Depuis, chacun de ses romans est un best-seller et adapté systématiquement au cinéma. En 1986 il s’improvise réalisateur et tourne lui-même Maximum Overdrive. Mais la meilleur adaptation de ses oeuvres reste sans conteste The Shining, réalisé par Stanley Kubrick en 1980. Ses livres, de plus en plus épais, paraissent avec la régularité d’une production automatique. Auteur sans prétentions esthétiques, il cherche avant tout à construire une bonne intrigue capable d’emmener le lecteur jusqu’au point ou la terreur s’empare de lui. Mais il trahit parfois une indiscutable tendance à laisser sa technique tourner au procédé, comme l’attestent des romans récents tels que Ca (1986), Les Tommyknockers (1987) ou le Fléau (1989). La Part des Ténèbres (1989) vient heureusement contrebalancer cette tendance par son aspect autobiographique.

Maupassant Guy (de) : Ecrivain français, né en 1850 et mort en 1893. Elevé par sa mère après la séparation de ses parents, il passera ensuite au séminaire qui le brouillera à vie avec la religion. Sous le parrainage de Flaubert, il commencera à fréquenter le Tout-Paris littéraire et publie quelques écrits dans des revues. Il entre dans le «groupe de Médan», auquel appartient Zola, et publie sa nouvelle Boule de Suif qui deviendra un de ses écrits les plus célèbres. Sans doute à la suite d’une maladie héréditaire, il est obligé de s’adonner à la morphine, à l’éther et à diverses drogues qui modifient son caractère et sa vision du monde. Il est peu à peu sujet à des hallucinations et à une sorte de dédoublement de la personnalité dont il retranscrira les angoisses dans la plupart de ses nouvelles fantastiques (La Main d’Ecorché, Un Fou, La Peur, La Nuit), mais surtout Le Horla, sans doute la nouvelle la plus représentative du délire qui l’étreint. Le fantastique de Maupassant est un fantastique intérieur, inhérent à l’âme humaine, et dans lequel les démons et autres créatures surnaturelles n’ont pas de place, car pour lui l’enfer est en chacun de nous, et ses plongées dans l’alcool et les drogues étaient le recours obligé pour lui échapper. Maupassant est mort fou après avoir demandé lui-même à être interné.

Moorcock Michael : Ecrivain anglais éclectique connu surtout pour Elric, son personnage préféré et le plus célèbre, qu’il a créé en 1961. Sa popularité n’est nullement usurpée, car son oeuvre a réellement une place à part dans la littérature «hors normes». Dans les années 60 il fut l’un des piliers de la science-fiction britannique en tant que directeur de la revue New Worlds. On lui doit également le cycle Hawkmoon plus proche de l’Heroic Fantasy et les Danseurs de le Fin des Temps en science fiction.
Poe Edgar Allan : Poète et écrivain américain, né à Boston en 1809, mort à Baltimore en 1849. Les parents d’Edgar Poe sont comédiens et courent le cachet. Le père David Poe, disparaît en 1810 et sa femme Elisabeth meurt en 1812. Le jeune Edgar est adopté par des riches négociants, John et Frances Allan, qui lui donneront une éducation bourgeoise à Londres, puis à Richemond (Virginie). Parallèlement à ses études, il écrit des poèmes édités en 1827 et 1829. Dès 1831, Edgar Poe commencent à écrire des contes et vivote en travaillant comme pigiste anonyme pour divers journaux. Déjà, il a tendance à consommer trop d’alcool. En 1835, il entre comme rédacteur en chef au Southern Literary Messengers où il publie à la fois des critiques littéraires où se manifeste souvent sont talent de polémiste, et des contes: Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfall (1835), Metzengerstein (1836). En 1836, Edgar Allan Poe épouse sa jeune cousine, Virginia Clemm, âgée de quatorze ans. Le couple s’installe à Philadelphie. Deux ans plus tard, l’auteur publie son seul roman, Aventures d’Arthur Gordon Pym. En 1840, il rassemble ses récits dans un recueil intitulé: Contes grotesques et arabesques. Il écrit alors plusieurs de ses chefs-d’oeuvres: Le Double Assassinat dans la rue Morgue (1841), Le Scarabée d’or (1843) et Le Corbeau (1845). En 1845, paraît un nouveau recueil contenant une sélection de contes. Cette époque heureuse prend fin en 1847 avec le décès de Virginia. Edgar Poe sombre dans la dépression et se console dans l’alcool. L’année 1849 est marquée par de fortes crises d’éthylisme et l’écrivain connaît une fin lamentable en octobre 1849. C’est alors que commence la légende d’Edgar Allan Poe: son ancien ami, Griswold va le présenter comme un étudiant dissipé et expulsé de l’université, un déserteur de l’armée, un alcoolique, un drogué, un auteur qui épanche ses visions dans des récits cauchemardesques. Relayée et amplifiée sur certains points par Baudelaire et Mallarmé en France, cette légende aura la vie dure.
Tolkien John Ronald Reuel : Ecrivain anglais, né en 1892, mort en 1973. Recueilli par un prêtre à la mort de sa mère, il conçut très tôt un goût immodéré pour la littérature, et en particulier les vieilles légendes saxonnes. Devenu professeur à Oxford, il instaura durant des années, de régulières réunions avec ses collègues et étudiants férus de légendes celtiques. A partir de 1937, il amorça la rédaction de ce qui allait devenir une des oeuvres les plus colossales et les plus lues de part le monde, la saga du Seigneur des Anneaux, étourdissant récit d’Heroic Fantasy qui allait être traduit dans tous les pays du monde. Ses autres romans, Bilbo le Hobbit, Le Silmarillion, connurent également un très grand succès. Tolkien écrivit également un essai consacré aux contes de fées: Du Conte de Fées, et fut aussi un excellent dessinateur (il inventa même un alphabet, proche des hiéroglyphes égyptiens). Sa trilogie du Seigneur des Anneaux fut adaptée en dessin animé au cinéma par le réalisateur américain Ralph Bakshi en 1978.
