Le Fantastique 


        Cette étude a été réalisée en 1996 par Sébastien Dubé, Michel Coïmbra et moi-même, dans le cadre des cours d'expression écrite et orale de l'IUT GEII de Nantes. La totalité des illustrations complétant le dossier final ne sont pas présentes sur cette page Web pour faciliter le temps de chargement de celle-ci. Un exposé a cloturé cette étude.


Introduction

Un Thème aux Limites infinies

L'Art du Fantastique

Le grand Pourquoi du Fantastique

Conclusion

Biographies des Auteurs


Introduction

        Nos pensées, rêves ou actes sont souvent régis par le fantastique, c'est une notion vague, trouble et difficile à cerner. Ce thème commun apparemment simple, semble net et bien défini dans nos esprits. Néanmoins, lorsque nous demandons à une autre personne sa conception du fantastique nous constatons avec étonnement que celle-ci diffère de la nôtre. D'ailleurs, lorsque nous ouvrons le dictionnaire Larousse pour y trouver la définition du fantastique et que nous y lisons les lignes suivantes...
Fantastique : 1. adjectif (du grec phantastikos, qui concerne l'imagination). Créé par l'imagination; chimérique. Vision fantastique. 2. nom masculin. Forme artistique et littéraire qui reprend, en, les laïcisant, les éléments traditionnels du merveilleux et qui met en évidence l'irruption de l'irrationnel dans la vie individuelle ou collective.
        ...nous sommes souvent déçus car là encore cette définition est différente et correspond très peu à l'idée que nous nous faisions du fantastique. Nous observons également ce phénomène chez les auteurs de ce thème: certaines idées se rejoignent mais il est tout de même remarquable de constater que l'approche du sujet n'est pas la même d'un auteur à un autre.

        Ainsi, nous pensons que le fantastique ne peut être vraiment défini, tant les interprétations de celui-ci semblent vastes et différentes. C'est pour cela que tout au cours de cette réflexion nous ne tenterons pas de donner une définition précise et concrète du fantastique. Nous essayerons plutôt de commencer par expliquer et constater qu'il existe plusieurs "groupements" d'idées sur le sujet et finir par aboutir sur des questions qui semblent essentielles dans cette recherche comme:

Que représente pour moi le fantastique?
Pourquoi celui-ci m'intéresse-t-il?
        Il sera également intéressant de pouvoir étudier les différentes techniques et thèmes du fantastique. Notre sujet étant assez vaste, nous nous sommes volontairement restreints à quelques aspects de celui-ci. Nous parlerons essentiellement du fantastique moderne (à partir du XIXème siècle), nous n'oublierons pas cependant de citer quelques références historiques. Bien que nous y ferons sûrement allusion nous ne développerons pas non plus les thèmes que sont la science-fiction et la religion.
 
 
 

Un Thème aux Limites infinies

        Le fantastique recouvre d'après son étymologie, tous les domaines artistiques où le réel, la raison, la logique ne trouvent plus leur place. Une fois cette première pierre scellée, les théoriciens et les philosophes n'ont cessé de se contredire sur l'orientation de ce thème; d'ailleurs il existe autant de définitions différentes que de personnes qui s'y sont intéressé. Commençons par Roger Caillois qui a défini le fantastique comme "un scandale, une déchirure, une irruption insolite, presque insupportable dans le monde réel", de cette citation nous pouvons déjà observer, grâce aux termes "scandale" et "insupportable", l'antipathie du monde littéraire et artistique envers le fantastique et implicitement ceux qui le créent, mais nous y reviendrons plus tard quand nous porterons notre attention sur ces artistes bien particuliers. La définition de Pierre-Georges Castex va dans le même sens, le fantastique étant pour lui "une intrusion brutale du mystère dans le cadre de la vie réelle". De plus ce n'est qu'une ébauche de raisonnement puisque monsieur Castex contourne le problème du contenu et des limites même du fantastique en introduisant le terme "mystère" qui n'est absolument pas explicité ici. 

        Tzevtan Todorov a, quant à lui, orienté sa définition sur "l'hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel". Et là, nous touchons un des principaux problèmes qui gravite autour du fantastique et qui apparaît dans cette phrase sous le mot "apparence". Les théoriciens dont la rigueur ne peut les résoudre à employer les termes de surnaturel, déraisonnable ou irréel pour définir le fantastique, nuancent excessivement leurs propos. De même la définition d'Irène Bessière qui voit dans le fantastique "une expérience imaginaire des limites de la raison" possède ce flou; pourquoi ne pas dire plus simplement que le fantastique est au-delà des limites de la raison ou, plus prosaïquement, déraisonnable. Le fantastique gêne et met mal à l'aise, c'est comme si l'on demandait à un mathématicien de nous démontrer l'existence du hasard à l'aide d'équations et de calculs. Mais loin de nous l'idée de critiquer ces spécialistes sans nous expliquer. En effet, nous constatons que la plupart des définitions que nous avons trouvées s'éloignent du sens étymologique du mot fantastique qui définit celui-ci comme purement chimérique, et nous tenterons plus tard de l'expliquer.        Le meilleur exemple est cette définition de Jacques Finné qui a écrit que les contenus des récits fantastiques sont des "mystères logiques qui se dissolvent par une explication" qui "ramène à notre système de connaissances une somme de phénomènes apparemment illogiques"; l'expression "mystères logiques" va à l'encontre du sens étymologique du fantastique et nous pouvons nous demander si cette définition ne conviendrait pas mieux à des énigmes policières. La plupart des théoriciens essaient d'en formuler une définition rationnelle ce qui de prime abord peut paraître contradictoire étant donné la nature même du thème. Les différents exemples que nous avons traités précédemment nous démontrent que la notion de fantastique est très difficile à cerner. Toutes les définitions que nous avons citées, sans être radicalement fausses, sont partielles et manquent cruellement d'explication au niveau du sens des termes employés. Sans pour autant dire que le fantastique est n'importe quoi, c'est du moins tout ce qui n'est pas. Nous sous entendons ici le fait que ce qui est est réel et ce qui n'est pas est irréel. Après cette palette de définitions nous notons un écart conséquent entre le sens premier du fantastique c'est-à-dire chimérique, et ces dernières pourtant établies par d'éminents spécialistes. Mais d'où vient cet écart? 

        Nous allons aborder à présent un autre problème tout aussi inextricable qui est en réalité lié à la définition du fantastique. Nous avons déjà eu une esquisse de celui ci grâce à la citation de Jacques Finné et nous en avions conclu que sa définition s'apparentait plus à celle de la fiction policière. Les intrigues et les énigmes policières sont-elles fantastiques à l'origine ou est-ce leur dénouement qui l'est? Plus globalement qu'elles sont les limites du fantastique? Quand nous parlons de fantastique il faut entendre l'art fantastique dans sa quasi totalité soit la littérature, la poésie, la cinématographie, la peinture et la sculpture et des arts plus récents tels que la bande dessinée. Mais nous ne considérerons pas la musique comme fantastique qui est un domaine trop spécifique et qui n'est pas régi par les mêmes lois. En effet, seules les musiques apparentées à des films fantastiques peuvent être considérées comme telles et celles-ci recréent l'atmosphère du film qui n'est pas forcément angoissante. Nous pensons aux musiques de Vangelis pour Blade Runner ou de Mike Oldfield pour L'Exorciste, mais également à des chansons telles que A kind of Magic de Queen pour le film Highlander ou celle d'Annie Lennox pour Dracula de Coppola. Pour en revenir à notre question, il peut paraître futile de placer des barrières à l'irréel, mais il est également gênant de ranger dans une unique notion de fantastique L'Apocalypse selon Saint Jean, Alice au Pays des Merveilles revu par Walt Disney et La Vénus D'Ille de Prosper Mérimée.

        Dans les ouvrages se rapportant au sujet, nous nous sommes heurtés à des difficultés semblables à celles que nous avions rencontrées lors de nos recherches sur la définition. "En fait, le fantastique recoupe et recouvre tous les domaines dans lesquels la raison n'a plus cours: folie, rêve, divagation, cauchemar, états suspendus de la pensée, coma, sortilèges, somnolence, accoutumance à des drogues, etc..." d'après le Dictionnaire du Fantastique. Sur ce point il n'y a rien à redire puisque cette définition répond bien à ce que nous cherchons et elle a le mérite d'être très globale. Peut-être trop puisqu'il est précisé que le "fantastique est duel, positif et enchanteur avec le merveilleux, négatif et terrifiant avec l'épouvante et l'horreur". Les auteurs de cet ouvrage ont donc bien séparé le merveilleux de l'épouvante, en clair le bien du mal. Ce principe de classement à le mérite d'être simple et fonctionne relativement bien pour la production cinématographique, mais devient plus ambigu pour la littérature prenez pour exemple le Golem de Gustav Meyrink et devient nettement plus problématique en ce qui concerne la peinture. La Persistance de la Mémoire, tableau de Salvador Dali n'est ni merveilleux ni créateur d'un quelconque sentiment d'épouvante ou d'horreur et pourtant il est absolument irréel.

        Après avoir expliqué pourquoi il n'incluait pas la théologie dans le fantastique, le théoricien Roger Caillois a écrit dans l'Encyclopaedia Universalis qu'il "n'en reste pas moins un vaste domaine qui comprend deux grands genres traditionnels: les contes de fées et les histoires de fantômes, auxquels est venue s'ajouter récemment une troisième espèce, communément appelée science-fiction ". Une telle limitation du domaine du fantastique ne peut être acceptable puisque si "les contes de fées" évoquent bien le merveilleux, "les histoires de fantômes" sont loin de représenter l'épouvante dans sa globalité. Dans l'Ecran Fantastique d'avril 1982, Jean-Claude Romer a énoncé des critères d'analyse créant ainsi six catégories agrémentées d'exemples qui permettent de délimiter le fantastique uniquement au cinéma. Ces six catégories sont le fantastique, la science-fiction, l'anticipation, l'insolite, le merveilleux et l'épouvante. Vous remarquerez qu'une des sous partie s'appelle fantastique ce qui semble pour le moins étrange et qui suggère que les autres catégories ne le soient pas, de plus aucune place n'est réservée à l'heroic fantasy (que nous définirons plus tard).

        Dans Les Maîtres du Fantastique en littérature l'univers du fantastique est beaucoup plus limité "si le récit fantastique et le conte merveilleux traitent des thèmes identiques, ils s'opposent dans leurs effets sur le lecteur: le merveilleux cherche plus à rassurer qu'à inquiéter ". De plus, la science-fiction et l'heroic fantasy bien que fantastiques sont traités indépendamment ainsi que le système de relation entre le fantastique et le roman policier. Ce principe de classification et d'étude semble le plus approprié pour la littérature fantastique dite moderne, soit du début du XIXème siècle à nos jours. C'est pourquoi nous l'adopterons et donc laisserons le merveilleux et le policier de côté; nous aborderons les thèmes de la science fiction et de l'heroic fantasy sans les étudier spécifiquement. Cette approche du fantastique permet d'approcher de plus près les limites du raisonnable et de traiter indépendamment la fiction pure. Ce principe est le plus approprié pour tous les domaines, excepté la peinture où chaque oeuvre de chaque artiste doit être traitée, de manière indépendante. Le spécialiste du fantastique Roger Caillois a, quant à lui, trouvé un mode de classification pour la peinture et la sculpture, mais celui-ci ne se base que sur la psychologie de l'auteur et la compréhension du récepteur nous ne pouvons donc l'accepter car il est trop abstrait et incertain pour ce que nous cherchons à obtenir.

        Ce même auteur a également écrit que "la littérature fantastique se situe d'emblée sur le plan de fiction pure.(...)Il est probablement nécessaire que les écrivains qui mettent en scène les spectres ne croient pas aux larves qu'ils inventent" et çà nous ne pouvons pas le tolérer car c'est restreindre l'art fantastique à la fiction et il perd ainsi une partie de son sens. Même s'il est indéniable que le merveilleux, l'heroic fantasy ou la science-fiction soient de la pure fiction, ce raisonnement est trop manichéen, la séparation entre le réel et l'irréel est trop visible. Et là nous comprenons pourquoi la définition étymologique du fantastique ne correspondait pas à celles énoncées par les spécialistes. Le fantastique représente bien tout ce qui est irréel et déraisonnable, mais il est dénué de sens ou du moins ne possède qu'un sens partiel s'il n'est pas confronté au réel. Lorsque Irène Bessière parlait des "limites de la raison" elle nous expliquait implicitement que le fantastique bien que complètement déraisonnable prend toute sa force aux limites de la raison. L'art fantastique dans le domaine que nous lui avons défini précédemment car ce n'est pas vrai pour la fiction pure où la limite entre l'irréel et le réel est clairement établie, puise toute sa force de la rupture entre le réel et l'irréel. Il ne peut se réduire à cette opposition, il lui faut une troisième dimension pour faire naître toute son ambiguïté et donc tout son intérêt. Cette troisième dimension nous l'appellerons le doute, cette terrible sensation de ne plus savoir de quel côté on est. Le meilleur exemple pour illustrer ces propos est Candyman, le roman de Vincent King ou le film qui en est inspiré. Ce récit fantastique évoque les méfaits d'un tueur légendaire qui apparaît lorsque l'on prononce cinq fois son nom devant un miroir. Après avoir lu ce roman ou vu ce film, lorsque vous vous retrouverez seul devant un miroir, que vous tentiez l'expérience ou non cela n'a que peu d'importance, l'essentiel c'est que vous y penserez et pendant un instant germera dans votre esprit le doute: Et si c'était vrai?... C'est sous cet angle que nous allons aborder le fantastique.

        L'artiste est un être aux sentiments exacerbés, et à cause de cette sensibilité excessive il est plus enclin à subir les influences de l'univers fantastique. Il est le seul à contrôler les limites qu'il veut imposer à son imagination. Il arrive à retranscrire tout son malaise au travers de cet univers qui n'est régi par aucune loi, ne possède aucune limite et où la liberté est absolue. C'est pour cela que l'art fantastique est uniquement populaire, car il est le miroir de l'âme humaine. Bien sûr le récit fantastique est une arme imparable pour dissimuler une satire sociale, mais souvent extrêmement violente. Thomas Mann a vu son roman Docteur Faustus brûlé par l'armée du troisième Reich car il existait un parallèle trop évident entre le héros de ce roman et l'Allemagne nazie. Son héros avait fait un pacte avec le diable et acquit ainsi un génie musical mais devait supporter une irrémédiable solitude, et pour Thomas Mann, l'Allemagne avait elle aussi fait un pacte avec le diable. Même si dans les romans de science-fiction la critique sociale en est parfois la finalité comme dans les romans suivants Le Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley, 1984 de Georges Orwell ou la Machine à remonter le temps d'H.R. Wells et des films Soleil vert de Richard Fleischer et la Planète des Singes de Franklin J. Schaffner où la société est vivement critiquée, le récit fantastique n'exprime souvent qu'une crainte ou une peur éprouvée par un auteur envers une société.

        Le fait d'affubler l'artiste s'exprimant à travers l'art fantastique de l'étiquette d'anarchiste est tout simplement erroné puisque celui-ci ne s'attaque pas directement à la société, il libère ces craintes envers celle-ci. Nous pouvons donc retrouver au travers d'une oeuvre fantastique toutes les peurs, les malaises et les angoisses de la conscience humaine. La popularité de cet art vient du fait que l'artiste arrive à exprimer ce que les gens ressentent mais cachent au fond d'eux même par honte ou par peur. Les meilleurs exemples de ces refoulements que les artistes arrivent si bien à exprimer sont la crainte de la mort avec The Raven d'Edgar Allan Poe, la peur de vieillir avec The Picture of Dorian Gray d'Oscar Wilde, l'appréhension du pouvoir et de l'injustice dans SOS Bonheur, une bande dessinée de Griffo et Van Hamme, les fantasmes sadomasochistes avec les peintures de H.R. Giger ou encore un exemple bien plus simple qui est la peur du Croque-mitaine de notre enfance que Stephen King a su si bien réactualiser. D'ailleurs lorsque celui-ci, en nous expliquant le contenu de ses romans, nous démontre qu'il a parfaitement saisi les angoisses de la conscience humaine; il s'adresse au lecteur en ces termes "vous allez rencontrer toutes sortes de créatures des ténèbres: des vampires, des succubes, une chose qui vit dans les placards, d'innombrables autres terreurs. Aucune d'elle n'est réelle. La chose qui, sous mon lit, guette ma cheville, ne l'est pas davantage. Je le sais, mais je sais aussi que je prends bien garde à laisser mon pied sous les couvertures, elle ne pourra jamais m'attraper".
 
 
 

        Ces artistes arrivent à toucher les gens, pourtant leur art est si déraisonnable qu'ils sont relayés au rang de marginaux par leurs confrères qui ne comprennent pas cet art. Ce phénomène d'exclusion entraîne un rassemblement et un état de connivence entre les différents artistes composants le mouvement fantastique. Cette entraide a brisé les barrières de la langue et du temps. Si nous comparons les nouvelles fantastiques (1835-1845) du romancier américain Edgar Allan Poe et le film Alien, le huitième passager (1979) du réalisateur américain Ridley Scott il n'y a apparemment aucun lien qui les unissent. Mais lorsque ce réalisateur recherchait en 1978 une créature singulière et effrayante, il alla demander l'aide d'un Suisse Allemand nommé H.R. Giger. Ce peintre et sculpteur était alors connu pour le mouvement novateur qu'il venait de créer, la biomécanique. Il fit alors naître de son esprit torturé le monstre alien ainsi que les décors du film qui lui valurent un oscar. Monsieur Giger étant né en 1940 il fut fasciné durant sa jeunesse par l'oeuvre d'H.P. Lovecraft, romancier américain, ce qui le conduit à intituler son premier recueil de peintures: le Necronomicon. Ce nom Lovecraft l'avait donné à un livre de magie noire. De plus H.P. Lovecraft vouait une admiration sans bornes aux récits fantastiques d'E.A. Poe. Il est également intéressant de constater que H.R. Giger comptait parmi ses fans Salvador Dali, le célèbre peintre espagnol. Ceci n'est qu'un exemple mais il est presque toujours vérifié. En voici un plus singulier, E.A. Poe est plus connu en France que dans son pays d'origine car son oeuvre a été traduite par Charles Baudelaire. Or celui-ci ne savait que très peu l'anglais et pourtant il n'a jamais fait d'erreur de traduction qui aurait changé le sens du texte; il se laissait alors porter par celui-ci. Ainsi il a traduit you must par vous pouvez et I can par j'ose au lieu de vous devez et je peux, qui aurait été une traduction plus rigoureuse.




        Par contre, ce phénomène prend pour certains auteurs des proportions gigantesques. Comme nous avons pu le voir dans sa biographie succincte, cet auteur solitaire a maintenu une correspondance importante avec le monde extérieur. Si beaucoup le considéraient comme un fou, un cercle d'assidus s'est rapidement formé autour de lui, perpétuant après sa mort la pérennité du mythe. Même si l'oeuvre initiale de lovecraft fut dénaturée en certains points, elle fut une source d'inspiration pour de nombreux auteurs tels que August Derleth, R.E. Howard, Robert Bloch... Dans un tout autre domaine que l'épouvante, le même phénomène se produit autour du maître de l'heroic fantasy J.R.R. Tolkien, considéré comme le Balzac fantastique, auteur du Seigneur des Anneaux et de Bilbo le Hobbit. De nombreux auteurs ont écrit des ouvrages reprenant le monde qu'il avait créé c'est-à-dire les Terres du Milieu. D'ailleurs lorsque nous lisons un roman fantastique, voyons un tableau ou un film qui s'y rapporte, nous avons l'impression de faire partie de ce cercle et d'entrer ainsi dans un jardin secret et interdit. Nous en concluons que même si l'auteur limite son oeuvre et donc son imagination, il est l'épicentre d'un cercle qui ne cessera de s'accroître jusqu'à l'infini. Il serait intéressant d'observer maintenant les procédés d'écriture et de mise en scène qui différencient l'oeuvre fantastique d'une autre, et nous allons également développer les thèmes du fantastique. Mais vous devrez toujours garder à l'esprit que, en nous éloignant des théories déjà établies sur l'art fantastique, les idées que nous avons et que nous allons développer sont très personnelles.
 
 
 

L'Art du Fantastique

        Pour qu'une oeuvre soit fantastique il ne suffit pas que les idées qu'elle exprime soient fantastiques, il est également nécessaire de créer une certaine atmosphère bien particulière. En effet, en littérature, des procédés d'écriture doivent être utilisés dans ce but, bien qu'ils puissent varier dans le style, d'un auteur à un autre. Diverses méthodes sont de même employées en cinématographie et en arts picturaux pour concrétiser cette ambiance si caractérisée.

        Du point de vue littéraire, l'utilisation d'un champ lexical bien approprié permet de faire planer le mystère sur un texte. L'écrivain n'écrira pas une toile d'araignée mais une fibre arachnéenne, de même il remplacera mystérieux par cabalistique ou mystique et s'efforcera d'employer des termes peu communs tels qu'une architecture cyclopéenne pour désigner un édifice qu'il veut étrange. Certains auteurs versifient des passages clés de leurs récits afin de rendre encore plus énigmatiques et mystiques leurs oeuvres. En effet, des écrivains tels qu'Edgar Allan Poe ou H.P. Lovecraft utilisent ce procédé dans leurs récits. De plus, ils peuvent utiliser des faits ou des phénomènes qui parurent inexplicables à leur époque. Lovecraft s'inspira des écrits de Charles Fort (qui informa des situations paranormales de son époque). Stephen King, le maître de l'épouvante populaire utilise, quant à lui, un procédé qui semble plus pervers. Dans presque tout le premier tiers de ses oeuvres, il décrit de manière psychologique les acteurs de son récit. Instinctivement nous nous attachons à certains autant que d'autres nous excèdent et nous révulsent. De toutes manières lorsque quelque chose leur arrive cela nous touche toujours. Toute l'atmosphère que crée l'auteur autour de son roman sert, en fait, à mieux impliquer le lecteur dans son univers, ce qui crée un état de connivence entre le lecteur et l'auteur fantastique. En littérature, les procédés qu'utilise l'auteur pour attirer le lecteur dans sa toile sont beaucoup plus subtils et subjectifs que pour le cinéma.

        Pour générer l'angoisse ou l'horreur dans l'art cinématographique toutes les techniques sont bonnes. La plus simple consiste à créer un ou des personnages fantastiques à grand renfort de maquillage et d'effet spéciaux. Que le film soit une grosse production et abordé d'un point de vue très romantique comme Frankenstein de Kenneth Branagh ou une série B à l'humour noir et grinçant tel que les innombrables aventures de Freddy Krueger, ces effets sont omniprésents. Viennent ensuite des procédés plus techniques qui sont tous les effets de cadrage et de travelling. Les personnages diaboliques sont généralement vus en contre-plongée (par dessous) ce qui leur donne un aspect titanesque alors que le personnage qui lui est opposé sera lui cadré en plongée (par dessus) pour l'écraser et montrer qu'il est dominé. L'effet le plus terrifiant demeure, quant à lui, la poursuite où la caméra est placé de telle sorte que l'on voit à la place du monstre ou du personnage fantastique et qui met en place tout le suspense du film. La fuite dans les couloirs de la prison dans Alien3 de David Fincher reste une des meilleurs illustrations de ce procédé puisqu'elle est agrémentée d'effets de rotation qui désorientent encore plus le spectateur et intensifient les sentiments de peur et de panique. Les jeux de lumière sont également très utilisés et pourtant durs à maîtriser puisque les réalisateurs recherches souvent des ambiances sombres. Etant donné que toute l'intrigue se déroule la nuit, The Crow d'Alex Proyas illustre une réussite dans ce domaine. En effet toute une palette d'éclairage est utilisée: la lumière tamisée de la lune, le feu et les éclairs et même des effets stroboscopiques pour mettre en images les flash-back qui hantent l'esprit du héros. Nous terminerons notre description des procédés cinématographiques par la présence de l'ambiance musical qui participe pleinement à l'effet fantastique. Steven Spielberg a été l'un des premier à le mettre bien en évidence dans Les Dents de la Mer où chaque attaque du requin est ponctuée par la même musique stressante. Nous remarquerons que chacune de ces attaques étaient filmées à travers les yeux du requin tueur.

        Il est très difficile de faire une synthèse de tous les procédés techniques qui génèrent une atmosphère fantastique autour d'une peinture. Salvador Dali utilisait une technique des plus classique où seul le sujet était fantastique. Par contre Arcimboldo partait de sujets réels, le plus souvent des portraits, et les composaient uniquement d'éléments ayant rapport avec ces personnages. L'ambiance fantastique étant donc basée sur la technique de représentation et non plus sur le sujet, nous pensons en particulier à L'Amiral constitué uniquement de poissons. La bande dessinée est un art relativement récent, c'est pourquoi les techniques utilisées pour créer une ambiance fantastique dérivent souvent des procédés employés en littérature pour les textes, en cinématographie pour la mise en page et de la peinture pour les dessin. Bilal illustre les scénarios de Christin de peintures froides qui accentuent le malaise déjà présent les textes (cf. La Ville qui n'existait pas, la Femme Piège). Cependant, des auteurs commencent à s'intéresser au phénomène et a jouer sur la structure même de la bande dessinée. En 1976 paraît Arzach de Moebius, qui fait à l'époque grand bruit par l'absence de texte. L'auteur s'expliquera ainsi: "Je me suis aperçu que cette absence crée un mystère qui se dégage des dessins. C'était une façon de jouer avec le public (...)". L'idée principale est lâchée, il faut tisser des liens avec le lecteur d'une manière spécifique à cet art. C'est ainsi que dans la Tour, Schuiten et Peeters jouent sur l'alternance du dessin noir et blanc et de la couleur pour donner l'impression que les personnages sortent du papier et deviennent réels. Mais l'auteur qui pousse le procédé le plus loin est, sans équivalent, Marc-Antoine Mathieu. Dans son dernier album, Le Début de la Fin, le lecteur est complètement manipulé puisque la bande dessinée peut se lire dans les deux sens. De même dans l'Origine, l'histoire est orientée en fonction d'un trou dans une des pages. Il existe donc bien des techniques d'écriture, de structure et de mise en scène qui participent et qui créent une atmosphère fantastique.

        Comme nous le disions précédemment la notion de fantastique est propre à chaque individu. Chaque personne possède son idée sur le sujet et n'est fantastique que ce qui apparaît comme fantastique à cette personne. Les principaux thèmes qui illustrent l'idée que l'on a sur le sujet seront par conséquent le principal centre d'intérêt de cette partie. Nous mentionnerons également l'origine de ces thèmes sans aller jusqu'à traiter le fondement et le grand pourquoi du fantastique (objet d'une autre partie). Dans la définition de chaque individu sur le fantastique, nous retrouvons souvent trois grands concepts qui sont: le temps, la folie et le doute. Nous remarquons de plus que tous ces thèmes se rejoignent, il y a un lien entre chacun d'eux (ceci justifie de nouveau le phénomène de "cercle" cité précédemment).

        Lorsque nous parlons de temps nous pensons bien sûr : passé, futur et présent. Dans l'univers fantastique nous ne pouvons accepter cette idée. Le présent est presque à exclure puisqu'il représente l'habitude, le conventionnel donc tout ce qui semble s'opposer aux fondements du fantastique. En effet, celui-ci se défini avant tout comme produit de l'imagination, or l'imagination est une faculté de l'individu à sortir du présent à créer et concevoir des situations différentes de l'ordinaire, de l'actualité. La projection dans le passé ou dans le futur est en revanche coutumière dans le fantastique puisque, comme nous l'avons dit, celui-ci permet l'évasion vers un monde, une époque, un temps différent de celui vécu tous les jours.

        Nombreux sont les thèmes basés sur le passé ou le futur, nous pensons tout particulièrement au Médiéval Fantastique ou bien à la l'anticipation. L'Heroic Fantasy ou encore Médiéval Fantastique est un thème du fantastique apparu tout récemment (1954, J.R.R Tolkien). Nous y retrouvons, comme l'étymologie du mot l'indique, l'époque moyenâgeuse avec bien sûr ses chevaliers, ses épées et ses châteaux, mélangée au fantastique présent ici sous forme de magie ou plutôt devrions-nous dire de sorcellerie, d'animaux fabuleux tels que le dragon ou la licorne et d'êtres issus de mythes ou légendes: vampires, loups-garous, gobelins, elfes ou trolls...L'Heroic Fantasy se présente ainsi comme un composé de nombreux éléments différents. Si ce sujet intéresse de plus en plus, c'est sans doute parce qu'il permet simultanément l'évasion vers un monde très diversifié et un retour à une époque fascinante, loin du monde actuel. La récente existence de ce thème témoigne du fait que l'homme d'aujourd'hui a besoin de se replonger dans une époque lointaine tant celle où il vit semble décevante. Pour illustrer et mieux comprendre ce qu'est le Médiéval Fantastique nous nous devons de citer un ou deux exemples de ce sujet que nous nous sommes proposés de traiter. Nous ne pouvons nous empêcher de nommer celui qui a lancé le mouvement c'est à dire J.R.R. Tolkien qui en 1954 commença à raconter les aventures et les déboires d'êtres rencontrés dans des mythes et légendes (Le Seigneur des Anneaux, Bilbo le Hobbit). Nous pouvons également évoquer des oeuvre restées désormais comme références cinématographiques et littéraires: Conan le Barbare de respectivement J.Milius et R.E Howard narrant l'histoire d'un barbare évoluant dans un monde médiéval peuplé de monstres et envahi par la magie, Willow le film de Ron Howard, ou encore La Quête de l'Oiseau du Temps, bande dessinée de Loisel, qui est à l'origine de l'incroyable essor de l'Heroic Fantasy sur ce support.

        L'anticipation propose par définition une action se déroulant dans le futur. Nous pouvons noter que la vision de ce futur est souvent pessimiste voire apocalyptique. Nous retrouvons aussi des éléments du présent dans cet univers. En effet, dans l'anticipation est compris tout ce qui semble fantastique dans l'immédiat et qui pourrait paraître commun et conventionnel dans une époque postérieure. Ainsi, lorsque l'homme se met à imaginer une ère ultérieure à la sienne, il pense aux éléments les plus évolués et sophistiqués du présent et les projette dans l'avenir sous une forme des plus négatives. L'exemple de la science-fiction illustre bien cette idée. Comme son nom l'indique, celle-ci se prête à être l'imagination sur la science, donc l'imagination sur toutes les recherches scientifiques. En effet, ce mouvement ayant de plus une existence assez récente, nous y retrouvons tous les progrès et les découvertes avancées de ces dernières années: conquête spatiale, manipulations génétiques. Nous pouvons citer l'exemple de la réalité virtuelle, procédé technique inventé il y a quelques années qui consiste à plonger une personne dans un univers imaginaire apparenté au monde réel avec des systèmes électroniques et automatisés. Le Cobaye film de Brett Leonard se propose d'utiliser comme support de scénario cette réalité virtuelle. De même, une exploitation excessive du pétrole, pousse Georges Miller à décrire un avenir apocalyptique quand celui-ci aura presque disparu, dans son film Mad Max 2. Nous constatons rapidement qu'il n'y a que le côté négatif de la technique qui a été exploité: destruction neurale, folie, etc... Ainsi la science-fiction démontre bien que lorsque l'homme essaye de percevoir l'avenir il l'envisage d'une manière fantastique peu positive. Le film de Ridley Scott Alien, le huitième passager justifie cette vision en raison de son atmosphère froide et oppressante. En revanche, Starwars de Georges Lucas ou Dune de Franck Herbert s'apparentent plus à une épopée fantastique qu'à une image terne de l'avenir. Lorsque nous nous replongeons dans le passé et que nous y découvrons les idées qu'avaient les auteurs de fantastique sur notre époque, nous remarquons que la plupart sont erronées, nous pensons notamment à Georges Orwell qui en 1949 dans son oeuvre 1984 considère 1984 comme année de fin de l'être humain en tant qu'individu: chaque personne n'a plus aucune liberté de raisonner, toutes les pensées, actes de chacun sont contrôlés par un régime totalitaire. Toutefois, certains écrivains comme Jules Vernes, où l'anticipation scientifique tenait une grande place dans leurs oeuvres avançaient des concepts non dénués d'intérêt puisque, nous le constatons aujourd'hui, certains d'eux n'étaient pas totalement faux: conquête spatiale, des océans (Vingt-mille lieux sous les Mers)... de même, Hergé avait décrit le premier pas sur la lune dès 1953 dans Objectif Lune, fait qui fut confirmé seize ans plus tard par Neil Armstrong. Une question se pose donc obligatoirement: devons-nous prendre en compte ou non les idées qu'ont les auteurs de notre temps sur l'avenir?

        La folie est un thème qui revient souvent dans le fantastique. Celle-ci se définit avant tout comme une démence, une aliénation d'esprit. Le fantastique étant produit de l'imagination, nous pouvons nous demander si celui-ci n'est pas lui-même folie puisqu'il satisfait tous ces éléments. Lorsque nous abordons la notion de folie dans le fantastique nous pensons surtout à la littérature noire. Nous regroupons sous ce terme générique toute la littérature d'épouvante et d'horreur. Cette dernière est avant tout aberration, divagation, bizarrerie, c'est à dire tout ce que définit cette folie. Dans les romans de H.P.Lovecraft nous retrouvons cet univers. La plus célèbre création de Lovecraft est le Mythe de Cthulhu qui est exposé tout au long d'une série de nouvelles ayant en commun des ouvrages occultes légendaires tel le Necronomicon et certaines entités diaboliques. Dans presque tous les écrits de cet auteurs, la mort est souvent précédée de la folie. Nous rencontrons cette idée dans ses oeuvres mais aussi dans sa correspondance (phénomène de cercle cité précédemment) où ceux qui font partie du "cercle" utilisent les concepts de l'écrivain. Il est surprenant de remarquer que ceux-ci sont eux mêmes atteints par la déraison.

        Ainsi tout ceci nous amène donc sur un autre sujet: le doute. En effet, tout ce que racontent les auteurs est-il faux? ou bien y a-t-il vraiment folie? Lorsque nous sommes en présence d'une oeuvre fantastique nous pouvons constater que le regard porté sur celle-ci fini toujours par rester dans le doute. En effet, nous plongeons ainsi dans un état d'esprit gouverné par l'incertitude, après avoir pris connaissance de cette oeuvre, notre conscience ne sait plus différencier le réel de l'irréel. Prenons comme exemple le Horla de Maupassant qui raconte l'histoire d'un docteur dont le patient est sujet à un phénomène étrange: la présence chez lui d'une créature invisible se nourrissant du sang de ses victimes. Aux premières lignes de la nouvelle on découvre que ce docteur reste sceptique sur le problème. En effet, il ne sait pas si ce dernier est fou ou bien s'il dit la vérité. A la fin de l'ouvrage nous sommes toujours dans le doute: la folie du patient semble évidente mais les faits sont tellement troublants que nous ne pouvons que rester perplexe. Nous pouvons également rester dans le doute d'une autre façon, Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde illustre tout à fait cette idée. Un individu se voit offrir un portrait de lui-même, au cours des années celui-ci remarque que c'est l'aspect du portrait qui vieilli et non le sien. Après une certaine période, le protagoniste étant excédé de voir l'image vieillir décide de détruire le portrait à coups de couteaux. Les conséquences de cet acte sont indéfinies, on sait juste que l'on entend un cri au loin... Ainsi le doute est presque toujours présent dans le fantastique, et c'est même l'un de ses aspects les plus intéressants. Ce doute amène souvent la peur, sentiment qui, comme nous le verrons plus tard, semble tenir un rôle essentiel dans l'origine du fantastique. Donc après avoir traité ces quelques thèmes, nous nous retrouvons dans l'obligation de définir "le pourquoi" de ceux-ci ou plus particulièrement celui du fantastique.
 
 
 

Le grand Pourquoi du Fantastique

        Comme nous l'avons expliqué précédemment, le Fantastique nous est transmis par des hommes, des femmes qui tendent en grande partie à s'exclure ou à être exclus par la société, ce qui les rend étranges, différents et marginaux. Pourtant, leurs oeuvres plaisent aux lecteurs. Nous pourrions alors nous demander: Que nous apporte l'art Fantastique? Qu'éprouvons-nous à lire ces oeuvres? D'où nous vient ce besoin, cette nécessité de Fantastique? Nous pouvons tout d'abord souligner un fait indiscutable:

        Le Fantastique est un style qui plaît.

        En effet, depuis le début du XIXème siècle ce thème est de plus en plus populaire, et pourtant dénigré par les gens de lettres de part son aspect déraisonnable. Ceci est indéniable; mais alors pourquoi nous intéresse-t-il tant? En effet, les thèmes abordés par le Fantastique sont étranges, voire morbides. Nous allons illustrer ceci par un exemple. Dans le Horla de Guy de Maupassant, le personnage est aux prises avec lui-même. Deux approches sont offertes alors au lecteur: Peut-être le personnage devient-il fou ou bien subit-il la persécution d'un fantôme ou d'un homme invisible. Or, la lecture engage le lecteur à s'identifier au personnage, mais que peut-on envier à un homme qui perd la raison? Ainsi, le fantastique se présente comme un masochisme intellectuel, de part son aspect pervers. Nous pouvons remarquer, de plus, que tout au long des siècles, l'homme a besoin d'irréel et d'inconnu. Au Moyen-Age, les gens contaient des histoires de loups-garous: ces créatures mi-homme mi-bête. Quant à aujourd'hui, nous entendons parler d'O.V.N.I. et d'extra-terrestres. Certes, la science tend à expliquer des phénomènes étranges, mais si l'homme est assoiffé de connaissance, que se passerait-il si ce dernier, ayant un savoir universel, pouvait expliquer tous les phénomènes? Il lui faut toujours matière pour assouvir sa soif. Peut-être est-ce là un des facteurs qui pousse les gens à avoir besoin de fantastique?

        Donc, nous pourrions expliquer ce phénomène par la curiosité humaine, qui de surcroît nous pousse à lire du fantastique. Le meilleur exemple est celui de l'enfant au bord d'un ravin qui se penche pour en voir le fond, une irrésistible attirance pour le vide lui masque le danger, sa curiosité prend le pas, alors sur la raison. L'homme avide de sensations se laisse mener par sa curiosité et suit ainsi la voie de son inconscient. En effet, lorsque vous regardez un film fantastique, ne vous demandez-vous pas: "Qu'éprouverais-je si j'étais confronté à cette situation?" Cette question peut alors en susciter d'autres: "Quel est mon rôle dans cette vie, quelle est sa finalité? Quelles sont les limites de la connaissance?" Paradoxalement, cette curiosité peut expliquer l'énorme progression de la science. En effet, si l'homme n'était point curieux, pourquoi chercherait-il à expliquer tous les phénomènes sur Terre... La curiosité est essence même de la personnalité de l'homme, celui-ci est en permanence en quête de limites concrètes. C'est pour cela que la science apporte des réponses plus satisfaisantes que celles de la théologie. La lune a toujours fasciné la vision humaine, il y a deux mille ans le grec Pythagore émettait déjà des hypothèses quant à la population lunaire. Maintenant que nous connaissons tout de celle ci les regards se tournent vers d'autres espaces.

        Nous pouvons remarquer que le Fantastique est un phénomène qui existe depuis longtemps et même bien avant l'apparition d'Edgar Poe, où nous avons commencé notre étude. Le Fantastique existait dans la vie quotidienne des populations; même les peuples primitifs avaient des notions de Fantastique. Les peuples Incas, par exemple, avaient des croyances que l'on pourrait qualifier de fantastique. Ils recouvraient le visage de leurs morts d'un masque de jade pour accéder à la vie éternelle. En effet, ceux-ci remplaçaient les mystères de la vie que la science n'expliquait pas encore, par des croyances théologiques. De même, les populations de l'Ile de Pâques croyaient en des dieux qui pouvaient être des puissances extra-terrestres. Or, le fantastique traite souvent de puissances extra-terrestres ou de revenants. Même si la théologie n'apparaît pas, de façon évidente, comme fantastique, elle peut sembler à l'origine de ce dernier. Au-delà des religions établies, les croyances païennes et les mythes populaires ont eux aussi permis d'expliquer l'inexplicable, donc de satisfaire la curiosité citée précédemment. Biologiquement parlant, le fantastique n'est pas vital pour l'homme, pourtant nous pouvons le considérer comme un stimulant aux niveaux des centres nerveux. En effet, l'angoisse et la peur qui naissent du fantastique entraînent des poussées d'adrénaline qui excitent les cinq sens de l'individu.

        Nous pouvons alors nous demander si le Fantastique est un besoin physiologique ou si le simple fait de l'existence de la science entraîne l'apparition du fantastique. Car un monde sans magie, sans rêves, sans imagination, sans fantasmes, ni même d'horreurs surnaturelles ne serait plus attrayant. Pourquoi vivre dans un monde ou tout est scientifiquement explicable, il n'y aurait alors plus de rêves ni de peurs: Peut-être alors deviendrions-nous des machines ou des masses amorphes dépourvues d'identité? Le fantastique a cette étonnante particularité de transcender la personnalité de chacun. Nul ne peut se cacher devant lui; celui qui lit un récit fantastique ne pourra en aucun cas dissimuler sa peur ou son courage.

        Dès à présent, nous pouvons alors nous demander si le Fantastique n'est pas une réalité, le doute que nous avons défini au début de notre étude conforte et justifie cette hypothèse. Il faut donc se projeter dans un univers parallèle, le "no man's land" entre le réel et l'irréel, pour écrire ou réaliser du Fantastique. Mais se projetant dans cet univers, l'auteur ne peut-il pas subir des conséquences irréversibles pour sa santé mentale? En effet, nous pouvons remarquer chez les auteurs Fantastiques qu'il se produit un certain phénomène de réclusion et parfois même de folie comme nous pouvons le constater chez certains artistes comme Maupassant, Lovecraft, Dali, Bela Lugosi, Wilde. Dans le cas de Howard Philips Lovecraft, nous pouvons remarquer qu'il ne sortait que rarement de Providence et ses écrits sont issus de ses cauchemars les plus terrifiants. De même nous pouvons citer un auteur connu par son oeuvre mais très peu par son nom: il s'agit de Giger (créateur du monstre alien); personnage rejeté de la société pour son oeuvre pornographique, et pour son instabilité d'esprit comme nous l'avons vu précédemment. De nombreux auteurs sombrent dans la folie, la paranoïa et même la mort, car les sujets qu'ils traitent nécessitent déjà un certain état d'esprit. Leur style si particulier met à lui seul en évidence leur démence. Mais alors une question peut nous venir à l'esprit, Qui sont les auteurs de Fantastique? Nous avons dit dans la première partie, qu'ils exprimaient ainsi leurs angoisses. Mais cette libération devrait les apaiser au lieu de les torturer jusqu'au bord de la folie. Sont-ils seulement quelques fous souhaitant exprimer leur folie ? Mais, dans ce cas, comment expliquerions nous alors un tel engouement pour quelques livres de fous?

        D'autres, par contre, pourraient voir en eux des précurseurs du savoir, leurs écrits restants de véritables témoignages d'une terrible réalité. Ces auteurs souhaiteraient alors faire prendre conscience aux hommes qu'ils ne sont pas seuls à exister, et que l'univers n'est peut-être pas unique ou régi par des lois acquises. Comme le détaille Mickaël Moorcock dans ses oeuvres, expliquant un nouveau concept celui de "multivers" (multitude d'univers parallèles ). Les questions qui nous sont alors posées sont: Pensez-vous que nous soyons seuls? Sommes nous des pions entre les mains d'autres puissances jusqu'alors inconnues? Existe-t-il d'autres univers parallèles au nôtre? Toutes ces questions jusqu'ici sans réponse amènent le lecteur à douter et ainsi à s'interroger. Ces appels ne restent pas sans conséquence. Imaginez alors, qu'il puisse exister des puissances supérieures à l'homme dans un monde pouvant entraîner l'aliénation de l'esprit. Si certains monstres comme Dracula existaient, vous en frémiriez. Si ces êtres hantent vos cauchemars et ensuite votre conscience, alors nous pourrons dire qu'ils sont devenus réels. Nous pensons que si les auteurs les décrivent si précisément c'est que ces créatures ne sont pas sorties de leur imagination mais qu'elles persécutent leur esprit en permanence. Vous finissez alors par devenir paranoïaque et finalement vous sombrez dans la folie.

        D'autre part, le Fantastique évoque souvent la sorcellerie, la communication avec les morts ce qui amène certains à étudier et même à pratiquer intensément la parapsychologie. En effet, certains ouvrages de "magie" proviennent directement d'écrits d'auteurs fantastiques comme Le Necronomicon (ed. Paul Belfond). Dans ce livre certaines formules sont directement des citations d'auteurs Fantastiques; la parapsychologie peut être vue en fait comme une ouverture de l'esprit que l'on ne qualifie pas de scientifique mais en reste néanmoins une approche. Le Fantastique peut également arriver à cette vision, certes abstraite, mais qui vaut un raisonnement comme un autre. De plus, le Fantastique provoque une certaine perte de tabous. En effet, la mort est un sujet que la morale réprouve, or, le fantastique aborde la mort sous différents aspects qui peuvent nous sembler surprenants même parfois épouvantables. La mort est alors vue sous différents aspects, parfois douce et chaleureuse, parfois sensible, parfois froide et malsaine, même violente et répugnante voire horrible. Toutes les visions y sont décrites. Voici donc un autre visage du fantastique qui explique son engouement populaire. Les sujets abordés par leurs auteurs changent considérablement des thèmes classiques. Bien sûr ils sont originaux, mais surtout ils sont tabous donc impliquent une notion d'interdit. Et comme nous l'avons déjà vu, l'interdit attire la curiosité de l'homme.

        Nous pouvons également ressentir un sentiment d'évasion. La réalité n'est plus celle de la vie de tous les jours; vous vous sentez alors plus libre. Par exemple, dans Conan le Barbare vous pouvez vous évader de votre propre situation, rien ne raccroche au réel. Le lecteur se sent alors libéré, de contraintes, de devoirs, de problèmes. Vous n'avez plus qu'à vous laissez glisser par le cours de l'histoire et des aventures du héros (si héros il y a). De même, le Fantastique peut nous donner envie de voyager, il peut nous faire traverser les étoiles par exemple grâce au célèbre film La Guerre des Etoiles. Vous visitez d'étranges contrées, des planètes lointaines et reculées; de magnifiques créatures apparaissent ainsi que d'autres, écoeurantes et répugnantes.

Nous avons donc pu remarquer que le Fantastique avait de nombreuses conséquences sur ses adeptes. Mais, plus qu'un simple fait personnel, le Fantastique va également créer des phénomènes de groupes. Certains parlent de mode, mais il s'agit plus, chez ses disciples, d'un besoin de liberté, d'expressions illimitées, de questions métaphysiques ou bien même de recherche. Le Fantastique crée et inspire même certains groupes dits "d'initiés". Ces groupes peuvent être des Sectes ayant comme doctrine: "la recherche de la vérité", thème développé très souvent dans le Fantastique comme nous pouvons le remarquer dans la célèbre série télévisée Aux Frontières du Réel. Ces Sectes peuvent aussi s'inspirer de romans fantastiques en ce qui concerne certains rites sacrificiels voués à des dieux horribles et difformes. Donc ces groupes refusent les théories scientifiques souvent complexes et non exhaustives, pour se tourner vers des entités imaginaires qui dominent le monde. Mais, si le Fantastique a inspiré de nombreux groupes fanatiques comme celui de David Coresh aux Etats-Unis, les Davidians, il n'est tout de même pas uniquement néfaste.

        L'homme a parfois besoin de s'évader pour mieux supporter la réalité, il crée ainsi des univers imaginaires où il peut agir à sa guise. Ces univers de détente, s'appellent le jeu de rôle et chacun y prend place dans la peau d'un personnage qu'il a imaginé. Ces groupes veulent s'extraire de la réalité environnante en s'amusant, et s'imaginer ensemble dans un monde tout autre. Le Fantastique engage alors ces "rôlistes" à imaginer une vie différente dans un monde parallèle et fictif. Les jeux de rôles ne sont alors pas néfastes en soi mais ils vous engagent à rêver et à vivre des épopées fantastiques.

        Ainsi, nous avons observé diverses conséquences du fantastique. Mais celle qui vient en premier, celle qui apparaît lorsque nous sommes en présence d'une oeuvre fantastique, c'est la peur. Dès que le doute s'installe, lorsque nous ne sommes plus sûr de rien, alors la peur fait son apparition et c'est elle qui engendre un sentiment de panique et d'impuissance, les prémices de la folie. Pourquoi sommes nous tellement attirés par la peur? Nous avons conclu que même si ce n'était pas un besoin biologique, la nature curieuse de l'homme prenait le pas sur sa raison et le poussait à avancer vers l'interdit. Pourtant la peur est un domaine connu de l'homme, il n'est pas interdit et il n'a aucune raison de s'y complaire. L'homme préfère-t-il souffrir d'une angoisse provoquée par une oeuvre fantastique puisqu'il se persuade qu'elle est imaginaire et donc qu'il la contrôle, plutôt que d'affronter la réalité qui est plus dur et incertaine. La peur est un sentiment ambigu chez l'homme puisqu'il adore avoir peur. Lorsque vous sortez du cinéma, il est fréquent d'entendre qu'un film était bon parce qu'il faisait peur. En revanche, aucun individu ne contrôle sa peur dans la vie courante. De plus, si la conscience d'un homme n'est pas touchée, son inconscient peut l'être, ce qui entraîne les cauchemars et les angoisses. Comme nous l'avons expliqué, le fantastique puise sa force dans le doute qui se crée entre le réel et l'irréel et la peur naît lorsque l'inconscient masque le conscient. Le fantastique détourne l'esprit de la raison pendant que la peur prend sa place.
 
 
 

Conclusion

        Comme nous l'avons dit dans l'introduction de cette étude, le thème que nous nous sommes proposés de traiter est difficilement interprétable. Tout au long de ce dossier, nous nous sommes attachés à donner NOTRE définition du fantastique. Et, au terme de cette réflexion, nous sommes assez déçus de cette définition puisqu'elle ne nous paraît pas plus satisfaisante que celles rencontrées précédemment. Ainsi, nous pouvons dire que le fantastique se présente comme une notion abstraite qui ne peut nullement être définie rigoureusement. Bien que nous ayons échoué dans notre recherche, nous avons tout de même éclairci quelques idées qui se dégagent du sujet:

        Le fantastique est un thème aux limites infinies en raison de sa multitude de définitions et des trop nombreux groupements existants autour d'un ou des auteurs. Pour avoir une définition exhaustive, il en faudrait une spécifique pour chaque auteur et même à chacune de ses oeuvres.

        Le fantastique est avant tout une forme artistique et littéraire qui reprend des éléments non traditionnels et les projette dans un univers réel et ainsi perturbent la réalité.

        Le fantastique est un style qui plaît. L'origine de cet argument peut être expliqué par la curiosité humaine, le besoin d'évasion et de quitter la réalité, l'envie d'émotions fortes et de mettre à l'épreuve son courage face à la peur.

        Nous avons également remarqué qu'il existe une notion très importante que nous retrouvons dans presque toutes les idées que nous avons développées: le doute. En effet, le fantastique est-il réel ou irréel? L'origine de celui-ci est-elle bien connue?
 
 
 
 

Biographies des Auteurs

Dali Salvador : Peintre, sculpteur, graveur et écrivain espagnol (1904-1989). Il étudie les Beaux-Arts à Madrid en 1921 et entre en contact avec le groupe surréaliste en 1929. Ses toiles les plus appréciées datent de cette période, alors qu’il est lié avec les surréaliste. A l’âge de 32 ans il est assez célèbre grâce à son génie de la publicité pour figurer sur la couverture de Time à New York. Dans les années trente, s’il est exclu du groupe surréaliste c’est en partie à cause de son évolution vers un style plus traditionnel, mais aussi sans doute à cause de sa sympathie pour Franco. Il fut à Paris, à partir de 1929, le plus étonnant créateur d’images oniriques du surréalisme. Les gens s’en souviennent comme d’un personnage aussi génial que fou, à la moustache excentrique et amateur de chocolat à cause de sa publicité pour Lanvin.

Giger H.R. : Peintre et sculpteur suisse allemand. Né en 1940 d’un père médecin, il est très vite fasciné par le corps humain et le macabre. Très inspiré par l’oeuvre de Lovecraft et de Gustav Meyrink, il se plaît à dessiner des monstres étranges, des corps torturés, des humanoïdes aux aspects souvent robotiques. De son oeuvre naîtra le style biomécanique, mélange de chair et de métal. Giger peint d’immenses fresques qu’il peaufine à l’aérographe, travaille particulièrement les ombres et les lumières pour toujours inquiéter l’observateur. Sous l’inspiration de Lovecraft, il propose son premier recueil intitulé Necronomicon. Le réalisateur Ridley Scott le remarque alors et l’engage pour crée le monstre de son prochain film, Alien en 1978. C’est ainsi que naîtra la créature la plus terrifiante de ces dernières années, et qui vaudra à Giger un oscar. Il travaillera également sur d’autres films, dont Poltergeist 2 (1982) et sur un projet d’adaptation de Dune (1976) qui n’aboutira pas. Peu de temps après, il fera scandale pour avoir réalisé un ensemble de tableaux pornographiques. Quoiqu’il en soit Giger est actuellement mondialement reconnu pour ses recueils (Necronomicon, Alien, Biomechanics...), mais aussi pour ses sculptures et son travail d’architecte. Giger vit avec son temps en participant à la réalisation de vidéo clips et de jeux vidéo.

Howard Robert Ervin : Ecrivain américain, né en 1906, mort en 1936. Son premier écrit parut dans le magazine Weird Tales en 1925, aux côtés H.P. Lovecraft, et dès lors il ne cessa d’écrire dans tous les styles, de la science-fiction aux westerns. Sa plus grande réussite restera sans conteste le personnage de Conan le barbare dont les aventures remplissent à elles seules trois volumes. L’univers qu’il a créé, très heroic fantasy, est celui de peuples vivant à l’âge hyboréen dans lequel des surhommes sont confrontés à des êtres extraordinaires et à des forces obscures et surnaturelles. Mais Howard était de caractère instable et le père de Conan se suicida, le 11 Juin 1936, désespéré par la mort prochaine de sa mère. Nous retenons également de cet auteur Solomon Kane, Le Roi Barbare ou encore Kul.

King Stephen : Ecrivain et réalisateur américain, né en 1947 (alias Richard Bachman). Abandonné par son père à l’âge de deux ans, il est élevé seul par sa mère et passera toute sa jeunesse à dévorer des livres de science-fiction avant d’entrer à l’université et devenir professeur d’anglais en 1971. Les contes d’Edgar Poe figurent parmi ses livres de chevet et il avoue qu’il doit beaucoup à H.P. Lovecraft et Robert Bloch. C’est la revue Starling Mystery Stories qui aura la primeur de publier sa toute première nouvelle en 1967, mais King est encore loin de susciter l’enthousiasme des éditeurs. Son premier roman, Carrie, est refusé quatre fois de suite avant d’être finalement édité en 1974. Et pourtant celui-ci s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires, traduit de nombreux pays et porté au cinéma en 1976 par Brian de Palma. Depuis, chacun de ses romans est un best-seller et adapté systématiquement au cinéma. En 1986 il s’improvise réalisateur et tourne lui-même Maximum Overdrive. Mais la meilleur adaptation de ses oeuvres reste sans conteste The Shining, réalisé par Stanley Kubrick en 1980. Ses livres, de plus en plus épais, paraissent avec la régularité d’une production automatique. Auteur sans prétentions esthétiques, il cherche avant tout à construire une bonne intrigue capable d’emmener le lecteur jusqu’au point ou la terreur s’empare de lui. Mais il trahit parfois une indiscutable tendance à laisser sa technique tourner au procédé, comme l’attestent des romans récents tels que Ca (1986), Les Tommyknockers (1987) ou le Fléau (1989). La Part des Ténèbres (1989) vient heureusement contrebalancer cette tendance par son aspect autobiographique.

Lovecraft Howard Phillips : Ecrivain américain, né en 1890 et mort en 1937. Attaché à sa ville d’origine, Providence, comme une araignée à sa toile, malgré une parenthèse à Brooklyn, Lovecraft passa pratiquement toute sa vie dans sa demeure de la Nouvelle Angleterre. Il hérita, pense-t-on d’une syphilis contracté par son père qui en mourut fou, au dernier stade de la maladie. Elevé par sa mère il n’eut  pour seuls divertissements que les lectures d’oeuvres fantastiques, en particulier d’Edgar Poe auquel il vouait une admiration sans borne. Son état de santé l’empêchant de poursuivre ses études, pour palier ce manque, il écrivit sans cesse et dévora de nombreux ouvrages aussi bien scientifiques que littéraires. Il écrivit son premier poème à 6 ans et sa première nouvelle à 13 ans. Dès 1916, il commença à être publié dans différentes revues, mais c’est surtout Weird Tales qui, à sa création en 1923, publiera régulièrement ses nouvelles, ainsi que les nombreuses corrections et réécritures que Lovecraft fera pour gagner sa vie. Après un mariage qui se terminera mal, il est de retour deux plus tard (1932) dans sa ville qu’il ne quittera plus. A partir de 1936 sa maladie le fait décliner régulièrement jusqu’à ce que la mort survienne le 15 mars 1937. Tout au long de son existence solitaire, Lovecraft entretenait une correspondance très soutenu avec d’innombrables correspondants, et c’est pour cela qu’après sa mort, deux d’entre eux, Auguste Derleth et Donald Wandrei, fonderont la maison d’édition Arkham House afin de faire connaître l’œuvre du maître et de publier les auteurs dont il fut l’inspirateur. En effet, en 1937, Lovecraft était encore un auteur marginal dont la notoriété ne sortait pas d’un petit cercle d’amateur. Son œuvre de se caractérise par un univers de cauchemar où grouillent des créatures ancestrales surgies des abîmes par lesquels de sinistres malédictions menacent les hommes. Plus qu’un univers, Lovecraft a créé une véritable mythologie avec ses lieux (la cité de R’lyeh) et ses monstres (Cthulhu, Nyarlathotep ou Yog-Sothoth). Cette mythologie s’accompagne d’une bibliothèque imaginaire dans laquelle il faut au moins citer le Necronomicon, ouvrage évoqué dans de nombreux textes comme un livre maudit contenant toutes les connaissances interdites.

Maupassant Guy (de) : Ecrivain français, né en 1850 et mort en 1893. Elevé par sa mère après la séparation de ses parents, il passera ensuite au séminaire qui le brouillera à vie avec la religion. Sous le parrainage de Flaubert, il commencera à fréquenter le Tout-Paris littéraire et publie quelques écrits dans des revues. Il entre dans le «groupe de Médan», auquel appartient Zola, et publie sa nouvelle Boule de Suif qui deviendra un de ses écrits les plus célèbres. Sans doute à la suite d’une maladie héréditaire, il est obligé de s’adonner à la morphine, à l’éther et à diverses drogues qui modifient son caractère et sa vision du monde. Il est peu à peu sujet à des hallucinations et à une sorte de dédoublement de la personnalité dont il retranscrira les angoisses dans la plupart de ses nouvelles fantastiques (La Main d’Ecorché, Un Fou, La Peur, La Nuit), mais surtout Le Horla, sans doute la nouvelle la plus représentative du délire qui l’étreint. Le fantastique de Maupassant est un fantastique intérieur, inhérent à l’âme humaine, et dans lequel les démons et autres créatures surnaturelles n’ont pas de place, car pour lui l’enfer est en chacun de nous, et ses plongées dans l’alcool et les drogues étaient le recours obligé pour lui échapper. Maupassant est mort fou après avoir demandé lui-même à être interné.

Moebius : Dessinateur et scénariste de bandes dessinées français, né en 1938, de son vrai nom Jean Giraud. Il fit ses débuts en 1963 dans le journal Pilote avec la série Blueberry, puis ensuite collabore à Hara-Kiri dans lequel il publie des récits fantastiques; puis on retrouve sa signature dan l’Echo des Savanes où il fait paraître notamment Cauchemar Blanc. En 1975 il fonde avec Druillet la revue Métal Hurlant sous le label des Humanoïdes Associés; mais outre son activité dans la BD il participe comme décorateur à différents films tels qu’Alien (avec H.R. Giger), Tron et les Maîtres du Temps. Sa bande dessinée la plus célèbre est reste la série mystique de L’Incal qu’il a réalisé avec Jodorowsky; une suite à même été produite par Janjetov.

Moorcock Michael : Ecrivain anglais éclectique connu surtout pour Elric, son personnage préféré et le plus célèbre, qu’il a créé en 1961. Sa popularité n’est nullement usurpée, car son oeuvre a réellement une place à part dans la littérature «hors normes». Dans les années 60 il fut l’un des piliers de la science-fiction britannique en tant que directeur de la revue New Worlds. On lui doit également le cycle Hawkmoon plus proche de l’Heroic Fantasy et les Danseurs de le Fin des Temps en science fiction.

Poe Edgar Allan : Poète et écrivain américain, né à Boston en 1809, mort à Baltimore en 1849. Les parents d’Edgar Poe sont comédiens et courent le cachet. Le père David Poe, disparaît en 1810 et sa femme Elisabeth meurt en 1812. Le jeune Edgar est adopté par des riches négociants, John et Frances Allan, qui lui donneront une éducation bourgeoise à Londres, puis à Richemond (Virginie). Parallèlement à ses études, il écrit des poèmes édités en 1827 et 1829. Dès 1831, Edgar Poe commencent à écrire des contes et vivote en travaillant comme pigiste anonyme pour divers journaux. Déjà, il a tendance à consommer trop d’alcool. En 1835, il entre comme rédacteur en chef au Southern Literary Messengers où il publie à la fois des critiques littéraires où se manifeste souvent sont talent de polémiste, et des contes: Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfall (1835), Metzengerstein (1836). En 1836, Edgar Allan Poe épouse sa jeune cousine, Virginia Clemm, âgée de quatorze ans. Le couple s’installe à Philadelphie. Deux ans plus tard, l’auteur publie son seul roman, Aventures d’Arthur Gordon Pym. En 1840, il rassemble ses récits dans un recueil intitulé: Contes grotesques et arabesques. Il écrit alors plusieurs de ses chefs-d’oeuvres: Le Double Assassinat dans la rue Morgue (1841), Le Scarabée d’or (1843) et Le Corbeau (1845). En 1845, paraît un nouveau recueil contenant une sélection de contes. Cette époque heureuse prend fin en 1847 avec le décès de Virginia. Edgar Poe sombre dans la dépression et se console dans l’alcool. L’année 1849 est marquée par de fortes crises d’éthylisme et l’écrivain connaît une fin lamentable en octobre 1849. C’est alors que commence la légende d’Edgar Allan Poe: son ancien ami, Griswold va le présenter comme un étudiant dissipé et expulsé de l’université, un déserteur de l’armée, un alcoolique, un drogué, un auteur qui épanche ses visions dans des récits cauchemardesques. Relayée et amplifiée sur certains points par Baudelaire et Mallarmé en France, cette légende aura la vie dure.

Tolkien John Ronald Reuel : Ecrivain anglais, né en 1892, mort en 1973. Recueilli par un prêtre à la mort de sa mère, il conçut très tôt un goût immodéré pour la littérature, et en particulier les vieilles légendes saxonnes. Devenu professeur à Oxford, il instaura durant des années, de régulières réunions avec ses collègues et étudiants férus de légendes celtiques. A partir de 1937, il amorça la rédaction de ce qui allait devenir une des oeuvres les plus colossales et les plus lues de part le monde, la saga du Seigneur des Anneaux, étourdissant récit d’Heroic Fantasy qui allait être traduit dans tous les pays du monde. Ses autres romans, Bilbo le Hobbit, Le Silmarillion, connurent également un très grand succès. Tolkien écrivit également un essai consacré aux contes de fées: Du Conte de Fées, et fut aussi un excellent dessinateur (il inventa même un alphabet, proche des hiéroglyphes égyptiens). Sa trilogie du Seigneur des Anneaux fut adaptée en dessin animé au cinéma par le réalisateur américain Ralph Bakshi en 1978.

Wilde Oscar Fingall O’Flahertie Wills : Poète et auteur dramatique irlandais, né à Dublin en 1854, mort à Paris en 1900. Né d’un père chirurgien célèbre et fin lettré et d’une mère poétesse et traductrice d’oeuvres françaises, Oscar Wilde entre à l’université de Dublin où il fait de brillantes études avant de s’inscrire à Oxford. Là, il commence à cultiver son image de «dandy» et à devenir la coqueluche des salons littéraires et mondains londoniens. Auteur à succès, il écrit la plus grande partie de son oeuvre entre 1885 et 1895, alternant romans (Le Portrait de Dorian Gray), nouvelles (Une Maison de Grenades, Le Fantôme des Canterville), et pièces de théâtres (Salomé, écrite pour Sarah Bernhardt). En 1897, traîné devant les tribunaux, il est condamné pour homosexualité à deux ans de prison et à la destitution de ses droits paternels. Détruit, ruiné, il passe deux ans à la prison de Reading où il écrira La Ballade de la Geôle de Reading. A sa sortie, il s’exilera en France, à Paris où il meurt en 1900 dans la misère totale et abandonné de tous. De ses oeuvres adaptées au cinéma, retenons The Picture of Dorian Gray d’Albert Lewin en 1945 et Salomé de Ken Russell réalisé en 1989.